mardi 14 septembre 2021

La vie pénible et laborieuse du colporteur Esmieu


 

Sans cette résidence dans la médiathèque de Barcelonnette, je n'aurais jamais découvert cette pépite, dévorée avec enthousiasme. Soit la transcription d'un récit absolument singulier, écrit au soir de sa vie, en 1823, par un gars du coin qui, à l'âge de 11 ans (!!!), pendant l'hiver 1773, parce que son père lui avait confisqué le fruit de ses braconnages, quitte la maison, outré par cette injustice, pour marcher jusqu'à Marseille et y chercher un état - ce sera celui de colporteur de drap. C'est dans une maison de Cogolin où il est mort, père d'une famille nombreuse mais sans avoir jamais voulu revoir ses parents, qu'on a retrouvé en 1960, pendant des travaux, ce manuscrit de 66 pages, écrit serré, sans ponctuation, dans un franco-provençal défiant toutes les règles de la grammaire et de l'orthographe. Pour qui, pourquoi a-t-il été écrit ? Mystère. Mais Jean-Joseph Esmieu, en l'écrivant, se souvient de sa fuite enfantine, sous la neige, comme si c'était hier, et de toutes les rencontres qu'il fit, bonnes et mauvaises, et son récit est magnifique de vérité, de poésie brute. L'autre gros morceau de ces mémoires, c'est sa poursuite acharnée, pendant deux ans, sous la Terreur, de deux gredins, un père et son fils, qui lui ont volé une caisse de dentelles, toute sa fortune : la course-poursuite (souvent drôle) traverse toute la Provence et même un évènement historique, le siège de Toulon, Esmieu manque se faire fusiller mais le remarque à peine, il ne songe qu'à ses mouchoirs de lin et à venger une injustice, encore une. C'est peut-être pour cela qu'il a écrit : pour témoigner qu'il fut un homme honnête, dans un monde de scélératesse. Ah quelle merveille que de tels textes existent !


La transcription (2002), très respectueuse, se borne à ponctuer et à unifier l'orthographe. Voici la première page, assez folle - ça commence fort - et son fac-similé. 








samedi 26 juin 2021

Statut coi

 



Depuis toujours, depuis l'enfance : une feuille, un stylo. La table est subsidiaire (fantôme romantique de Villiers écrivant, ses meubles au clou, affamé, à même le plancher). Le symptôme le plus sérieux de mon mysticisme demeure ce vœu de pauvreté, crânement renouvelé. Adieu caméras, palettes, instruments ; on est imbattable à ce jeu ; sans parler des poèmes composés par cœur, dans le dénuement des prisons. Curieux, cette invincible association de la liberté la plus grande et du cachot, de la paillasse, du bannissement. Mais il y a encore de l'éclat dans le revers de cette médaille. On gagne sur tous les tableaux. Ça se voit que je m'encourage ?



mardi 8 juin 2021

Preuves d'existence

 Ce blog a l'air mort, mais son propriétaire ne l'est pas. Par exemple, j'ai fait paraître un roman, le 8 avril dernier, toujours chez Marest : La Mort de Masao. (Son prédécesseur, Le Dormeur, est en lice pour le prix François Billetdoux, qui sera remis en septembre.) Quelques recensions en ligne : ici, ici, ici, ici, ou encore .

 


Le 27 mai, a paru également, aux éditions Vanloo, le nouveau numéro de la revue La mer gelée, dont le thème est "Froid". On peut y lire un texte de moi et sa traduction en allemand par Kai Stefan Fritsch. (Le samedi 26 juin prochain, je serai aux côtés de Noémi Lefevbre, Alban Lefranc et Arno Calleja pour une présentation de ce numéro au Cipm, à Marseille.)

 


Enfin, le 31 mai, l'éditeur espagnol Periférica a publié sa version, dans la traduction de Vanesa García Cazorla, de Dans la nuit du 4 au 15. Non seulement je suis vivant, mais en plusieurs langues. Je dois me rendre à l'évidence.