jeudi 7 novembre 2019

En librairie





"Didier da Silva n'est pas embarrassé", écrit Jean Echenoz dans sa préface, "il trouve ses mots". Ce qui met une certaine pression. Mais que dire sinon que paraît aujourd'hui DANS LA NUIT DU 4 AU 15, que son écriture a été joyeuse de bout en bout, et que j'espère cette joie contagieuse ? D'autant que Quidam en a fait un superbe objet, qui égaiera aussi tout type de tables de chevet : sa joie s'étend jusqu'à l'inanimé. Le 7 novembre est une belle journée.



mercredi 11 septembre 2019

Les libraires étaient les plus à plaindre de tous





"Il était devenu libraire, avait-il dit, parce qu'il était suffisamment masochiste pour cet objectif d'une part, parce qu'un oncle, un frère de sa mère, lui avait laissé cette librairie d'autre part. Il ressentait naturellement chaque jour et en fait aussi longtemps qu'il tenait la librairie la rotation à vide de l'histoire et de l'esprit qui était liée, à la vie, à la mort, avec une pareille affaire, mais il s'en était accommodé et s'il avait eu suffisamment de dégoût pour les produits qu'il vendait maintenant depuis plus de trois décennies déjà, il cherchait alors encore et toujours refuge dans l'une de ces phrases historiques qu'un fou qu'on appelle écrivain ou penseur a écrites pour accréditer sa folie. Mais il y avait déjà longtemps qu'il n'y avait plus de livres qui pussent le sauver, il n'y avait plus que des phrases, des phrases isolées de Novalis par exemple, de Montaigne, de Spinoza, de Pascal, auxquelles il était obligé de temps en temps de se raccrocher pour ne pas être obligé de sombrer. Les libraires étaient les plus à plaindre de tous, parce que c'était sur eux plus que sur toute autre chose que pesaient toute l'abomination et l'abjection de l'histoire humaine et tout le désarroi et toute la pitoyable misère de l'art et qu'ils avaient toujours à craindre d'être écrasés par ce fardeau antihumain. Le libraire qui prend son affaire au sérieux est le plus à plaindre de toute l'espèce humaine, parce qu'il est confronté jour après jour et sans interruption à l'absolu non-sens de ce qui a jamais été écrit et éprouve comme aucun autre le monde en tant qu'enfer, avait dit Goldschmidt à Koller."



dimanche 8 septembre 2019

Nous allions quelque part, peut-être






"Nous circulions dans les broussailles. Nous nous arrêtions n'importe où, manifestement d'un commun accord. Nous nous arrêtions dans la broussaille. Il y avait toujours une source à proximité. Je ne savais jamais où nous allions. Nous allions quelque part. Je ne m'en souciais pas du tout. Nous allions quelque part, peut-être. Et si nous n'allions pas quelque part, nous n'y allions pas, voilà tout. Le soir, nous faisions un feu, plusieurs feux (il y avait plusieurs familles parmi nous). Le matin, nous reprenions la route. Je ne sais pas où nous allions. Je ne pense pas que les Indiens l'aient su. Nous faisions une belle procession parmi les armoises, les six ou sept que nous étions, ma voiture en dernière position. Je ne savais pas où nous allions, personne ne semblait savoir où nous allions, la nuit tombait sur nous, les feux s'éteignaient. Les coyotes commençaient à aboyer dans la broussaille. Les chiens indiens hurlaient en réponse. Et tout se consumait dans l'obscurité."

(1942-1949, d'après une expérience vécue au début des années 20. Merveilleux livre)


lundi 2 septembre 2019

Les pièces habitables






Mon ami Igor Ballereau est compositeur. Quand, tout jeune homme autodidacte, il n'était encore l'auteur que de quelques folles partitions informes, Pascal Dusapin a reconnu en lui un musicien et lui a donné sans cérémonie ses premières leçons de musique. Depuis, Igor a fait son chemin tout seul, mais il n'a pas oublié ce premier maître. À telle enseigne qu'il a élevé, non pas un monument à sa gloire, ce qui nous intéresserait peu, mais ce qu'il appelle lui-même un "bâtiment de mots". Car Igor, non content d'être un musicien rare, est aussi cette chose précieuse, un musicien qui sait et aime écrire. 

"Les pièces habitables", donc, est le titre de ce vaste et passionnant ensemble de textes - 122 en tout, répartis sur 27 "étages" dont chacun est attaché à un aspect, une notion, un affect particuliers - qu'il a consacré à la musique de Dusapin, et à travers elle à la musique tout court. Multipliant les approches, les styles, les régimes de discours, bien loin de toute obscurité analytique, en poète plutôt, et un poète amoureux, il offre à tous les amateurs de bonne volonté le fruit des ses réflexions et de ses rêveries avec, autour et à partir du corpus dusapinien. Et il l'offre aujourd'hui littéralement, puisqu'il m'a chargé de vous annoncer la mise en ligne de tout le 1er étage, "Manières d'apparaître (quelques débuts)". De nouvelles "pièces de mots" viendront chaque semaine composer, peu à peu, cet édifice hors normes - inventif, généreux, pénétrant, toujours stimulant. Abonnez-vous, et bonne lecture !

 lespieceshabitables.wordpress.com



lundi 12 août 2019

jeudi 1 août 2019

Message de service


Si ce blog a encore des lecteurs, qu'ils m'excusent de ne plus l'alimenter, j'étais pris par toutes sortes de choses. Par exemple, tout récemment, la lecture des épreuves de Dans la nuit du 4 au 15, à paraître le 5 novembre prochain chez Quidam éditeur — qui rassemblera ce que j'ai d'abord publié ici sous le titre de "Rêveries calendaires", dans une version assez fortement remaniée. En attendant de me remettre à poster, je viens de supprimer les premiers jets en ligne de ces 366 textes, ne laissant que les illustrations, comme des pense-bêtes ou une étrange galerie muette dont le livre, exempt d'images, sera la clef. Jean Echenoz m'a fait le grand honneur et l'amitié de le préfacer ; en voici d'ores et déjà la couverture, et son beau clair de Terre. 





mercredi 19 juin 2019

Pour Thomas (1995-2019)


Texte lu aujourd'hui aux obsèques de mon neveu, Thomas Sudreau.

"Si je suis sûr d’une chose, c’est que Thomas a eu tout l’amour du monde et plus encore. Qu’il a eu cette chance d’avoir une famille aimante, des parents qui ont toujours stimulé ses curiosités et encouragé ses passions, soutenu ses projets. Des amis partout où il allait. Une jeune femme merveilleuse à ses côtés. 

Mais parfois tout l’amour du monde ne suffit pas, et personne n’y peut rien. Thomas avait une âme d’artiste, ce qui est à la fois une chose magnifique et une calamité. Ceux qui en sont dotés ne savent pas comme les autres 
se protéger de la violence du monde et de la douleur d’exister. Ils ressentent tout, le bon comme le mauvais, plus intensément. Un philosophe a dit que la mort volontaire n’était pas du tout une négation de la vie, mais 
au contraire son affirmation passionnée. Il faut beaucoup aimer la vie, et la prendre très au sérieux, pour décider de la quitter. 

Thomas nous demande une chose très difficile, qui est d’accepter ce choix, d’accepter que cela ait pu être un choix. Le choix d’un homme libre, même s’il s’agit pour nous de la liberté de faire une erreur irréparable et terrible ; l’expression radicale et paradoxale de sa vitalité, de son intransigeance, de son rapport à l’absolu, bref de ce qui faisait de lui un être précieux. Je ne sais pas. Il nous demande peut-être simplement de respecter le mystère de ce geste puisqu’il n’a pas voulu l’annoncer, nous alerter, ni l’expliquer. Puisqu’il a pris soin de toujours ne montrer que le visage de la joie et de l’amitié. C’est une affaire entre lui et lui, là où il n’y a pas de place pour notre culpabilité.

Il nous faut aussi accepter qu’une vie puisse être brève et que, malgré cet insupportable sentiment d’inachèvement et de gâchis, elle n’en soit pas moins une vie. Nous avons connu la fleur et pas le fruit, mais quelle belle fleur c’était. Nous devons nous souvenir de la réalité de cette beauté, et la célébrer, et non pas nous perdre dans les vaines et cruelles chimères de ce qui aurait pu être. Pendant presque vingt-quatre ans, nous avons eu la chance de connaître Thomas, et c’est tout ce qui devrait compter. 

C’est difficile, bien sûr. Je n’avais pas vraiment cessé de voir un enfant en Thomas. La faute à la continuité de la vie, qui faisait persister à mes yeux l’adorable frimousse aux oreilles décollées dans le grand gaillard qu’il était devenu. Je l’admirais comme un oncle admire son neveu, je l’aimais comme un petit frère. Mais c’était déjà un adulte avec des problèmes d’adulte, un jeune homme aux prises avec la mélancolie des jeunes hommes, et quelque chose l’a submergé, et notre amour n’a pas suffi. Tu le savais pourtant, bordel, que nous t’aimions. J’ai le droit d’être en colère contre toi, Thomas, mais je ne vais pas en abuser. Ce serait moche de te dire adieu avec un sentiment pareil dans le coeur. À toi qui sinon ne m’as jamais inspiré que la plus grande tendresse et la plus grande fierté. 

Tu as eu une belle vie et tu ne souffres plus. Pour un peu, je t’envierais. Mais je vais plutôt, égoïstement, essayer de vivre le plus longtemps possible, pour me souvenir de toi plus longtemps possible.

De toi vivant. Tu me facilites la tâche : vivant, tu l’étais extraordinairement. Tu aimais la photo, le cinéma, le théâtre, la littérature, la fête, la bonne chère, la dépense et l’ivresse. Tu n’aimais pas être seul. Tu étais rêveur, sujet à de brèves mais sombres humeurs. Je t’ai vu construire une cabane dans un arbre et rejoindre en stop les forêts danoises. Tu aimais rire. Le corps à l’aise mais l’âme pudique, tu recherchais tous les plaisirs. Tu voulais jouir autant qu’on pouvait de cette vie impossible, dans ce monde de plus en plus insensé - si c’est possible, plus violent en tout cas sans doute, plus désespéré. Tu ne pouvais qu’être sensible à cette atmosphère de fin du 
monde dans laquelle nous baignons, peu faite pour aider à se projeter dans l’avenir. Tes tatouages impulsifs et comiques disaient assez que tu te fichais pas mal du lendemain - cela dit, ne vivre qu’au présent est une option tout à fait honorable. C’est le choix de l’éternité qui me paraît plus discutable ; mais encore une fois, Thomas, je ne suis pas ici pour te faire des reproches. 

Je ne sais pas. Je pense à tes amis, à ceux de ta génération, et je voudrais leur dire courage, tenez bon. Tout est possible encore. Le pire, comme la mort de Tom, et le meilleur, comme la vie de Tom. 

Et puis aussi, parlez. Si vous perdez pied, mettez votre orgueil de côté et parlez à des gens de confiance, à ceux que vous aimez. Parfois l’amour ne suffit pas mais souvent il fait des merveilles et de toute façon, c’est tout ce qu’on a. 

Je t’aime, Thomas."








dimanche 17 mars 2019

Quelle maison allait exploser sur mon chemin ?





Une fois, le cinéma prit feu. La pellicule se déchira et s'enflamma aussitôt de sorte que l'on vit pendant quelques secondes des flammes d'incendie sur l'écran : sorte d'avertissement honnêtement projeté, annonçant le danger. Cela formait la suite logique des "Actualités" que l'appareil avait pour mission de divulguer, mission qu'il remplissait à présent à la perfection, voire à l'excès, en présentant la dernière nouvelle, la plus palpitante, celle de son propre incendie.

Les rues de la ville avaient perdu leur sens ; le froid pénétrait sous mon manteau, j'avais sommeil et froid. Quand je fermais les yeux, le vent appliquait sur ma joue une autre joue plus froide, je la sentais, de l'autre côté de mes paupières, pareille à un masque, le masque de ma figure derrière lequel il faisait sombre et glacé comme derrière un vrai masque de métal. Quelle maison allait exploser sur mon chemin ? Quel poteau se contorsionner comme un bâton de caoutchouc pour me faire la grimace ? Nulle part dans le monde, quelles que soient les circonstances, il ne se passe jamais rien.

Max Blecher, Aventures dans l'irréalité immédiate, 1936



lundi 11 mars 2019

Chien et tigre





Quelques mois avant sa mort, un riche propriétaire argentin invita Borges dans son estancia en lui promettant "une surprise". Il installa le vieil homme sur un banc, l'y laissa, et soudain Borges sentit auprès de lui un grand corps tiède et de grosses pattes se posèrent sur ses épaules. Le tigre apprivoisé de l'estanciero rendait hommage à son rêveur. Borges n'éprouva aucune crainte. Seule l'haleine brûlante aux relents de viande crue le dérangea. "J'avais oublié que les tigres sont carnivores."

Alberto Manguel, Chez Borges (2003)



jeudi 7 mars 2019

N'aurons-nous jamais ici bas qu'un pressentiment ?






Le narrateur est amoureux :

"Je regardai longuement la voûte étoilée, sous l'empire d'un sentiment profond. Mon âme était grave comme elle n'avait jamais été. Un pays lointain et inconnu gisait devant moi. J'allai vers la lumière qui brûlait sur ma table et l'offusquai de mon écran opaque afin que sa clarté ne vînt toucher que les parties arrière de la chambre et n'altérât pas l'éclat du ciel étoilé. Puis je retournai à la fenêtre et demeurai là. Le temps s'écoulait tandis que continuait la cérémonie de la nuit. Comme il est singulier, pensai-je, qu'à l'heure où disparaissent les beautés infimes de la terre et leur nombre infini, et que point l'incommensurable beauté de l'univers dans la splendeur muette et lointaine de la lumière, l'homme soit voué au sommeil avec la pluralité des autres créatures !   Serait-ce que nous ne disposons que de courts instants fugitifs et du seul espace énigmatique des songes pour lever les yeux vers ces grandeurs que nous pressentons, et qu'il nous sera peut-être donné de contempler de plus en plus près ? N'aurons-nous jamais ici bas qu'un pressentiment ? À moins qu'il ne soit accordé à la pluralité des hommes de regarder le ciel étoilé qu'en de courts moments insomnieux à seule fin que sa magnificence ne nous devienne point coutumière et garde ainsi sa grandeur ? [...] Qu'en est-il au fond ? Qui sait ce qu'est l'univers pour ces créatures qui n'ont que la nuit pour espace et ne connaissent point le jour ? Pour ces grandes fleurs fabuleuses des pays lointains, qui ouvrent les yeux quand le soleil a fui et laissent leur robe, généralement blanche, retomber flétrie quand l'astre a reparu ?" 

Adalbert Stifter, L'arrière-saison (1857), tome trois,
traduction de Martine Keyser (2000).



samedi 2 mars 2019

On s'oublie à regarder




"Je regrette fort d'avoir été blessé le matin d'une journée si intéressante - je ne dis pas belle - car il faut avoir vu les cadavres en tas pour savoir comment cela se passe - Mais quel coup d'oeil ! Des vrais tableaux de genre... Le ciel classique sanglant, la nuée de corbeaux, les débris de casques... Les armes broyées - On s'oublie à regarder - avant que le râle bizarre et effrayant d'un homme qui va mourir ne vous fasse dresser les cheveux sur la tête - Ces plaintes de mourants sont navrantes... tant qu'ils causent, ou qu'ils appellent leurs mères  (de vieux hommes barbus !)... On les plaint encore avec son coeur d'homme - Mais lorsque ce n'est plus qu'un sanglot rythmé - lointain - que l'on sent que ces yeux révulsés ne regardent plus ici, mais que déjà ce malheureux vit dans un monde différent du nôtre - On a peur - On sent sa chair se hérisser - La terreur instinctive de la bête devant la Mort - je pense -

- Pas bien drôle ma lettre !"


(Jacques Vaché à sa tante, le 30 septembre 1915 - il a vingt ans et trois semaines. In Lettres de guerre, Gallimard, 2018)



jeudi 28 février 2019

Tous les objets étincelaient





"Tous les objets étincelaient. Ces choses qui, lorsque je vivais au Japon, étaient très vagues pour moi, car je ne les avais rencontrées que dans des livres d'histoire ou dans des romans, s'éclaircirent les unes après les autres et j'en fus très heureux. Cependant, étant donné que j'éprouvais ce sentiment sous l'effet du moment et qu'aujourd'hui j'ai tout oublié, en fait, cela revient au même."

Natsume Sôseki, La Tour de Londres, 1905



vendredi 25 janvier 2019

Un rossignol entre deux mondes


"Émergeant peu à peu de sa couverture, il récita des vers de Ghalib. Le poème n'avait aucun rapport avec la conversation précédente, mais venait de son coeur et parlait au coeur de ceux qui l'écoutaient. Tous étaient submergés par son pathétique ; le pathétique, convenaient-ils, est la plus haute qualité en art ; un poème devait toucher l'auditeur par l'idée éveillée en lui de sa propre faiblesse, et devait établir quelques comparaisons entre l'état de l'homme et celui des fleurs. L'horrible chambre s'apaisait, les intrigues bêtes, les commérages, les mécontentements bornés s'étaient tus cependant que les mots qu'ils croyaient immortels emplissaient l'espace indifférent [...] De l'assistance, seul Hamidullah avait quelque compréhension de la poésie. L'intelligence des autres était inférieure et rude. Pourtant ils écoutaient avec plaisir parce que la littérature n'avait pas été détachée de leur civilisation. L'inspecteur de police, par exemple, ne jugea pas qu'Aziz se déshonorait en récitant des vers, il ne lança pas le jovial éclat de rire par quoi un Anglais se protège contre la beauté. Il se contentait de rester assis, l'esprit vide, et lorsque ses pensées, ignobles pour la plupart, revinrent l'emplir, elles avaient une fraîcheur agréable. Le poème n'avait fait de bien à aucun d'eux, mais il était le souvenir fugitif, un souffle venu des lèvres divines de la beauté, un rossignol entre deux mondes de poussière. Moins explicite que l'appel à Krishna, il n'en disait pas moins notre solitude, notre isolement, notre besoin de l'ami qui ne vient jamais et dont cependant l'existence n'est pas tout à fait improbable."

E. M. Forster, Route des Indes (1924)

samedi 19 janvier 2019

Je sens est le seul mot de l'homme




"Toute cause est invisible, toute fin trompeuse ; toute forme change, toute durée s'épuise ; et le tourment du coeur insatiable est le mouvement aveugle d'un météore errant dans le vide où il doit se perdre. Rien n'est possédé comme il est conçu ; rien n'est connu comme il existe. Nous voyons les rapports, et non les essences ; nous n'usons pas des choses, mais de leurs images. Cette nature cherchée au dehors et impénétrable dans nous est partout ténébreuse. Je sens est le seul mot de l'homme qui ne veut que des vérités. Et ce qui fait la certitude de mon être en est aussi le supplice. Je sens, j'existe pour me consumer en désirs indomptables, pour m'abreuver de la séduction d'un monde fantastique, pour rester atterré de sa voluptueuse erreur."

(Lettre LXIII)