vendredi 12 mars 2010

L'horizon


Écrire dix pages d’un coup, puis passer cinq jours sur deux lignes. Ouvrir le fichier sans envie, et constater que ça vient tout seul. Être excité à l’idée de s’y mettre, et quatre heures plus tard avoir changé un tiret en point-virgule. (Et revenir au tiret en fin de journée.) Ne plus comprendre ce qu’on avait voulu dire après la dix-neuvième réécriture d’un paragraphe, et le supprimer (c’était bien la peine). Cette séquence qui semblait cruciale et réclamer de longs développements, l’expédier en trois phrases. Cet épisode mineur, au contraire, grossissant à vue d’oeil, etc. Se flatter pourtant, avec une mauvaise foi digne d’éloges, d’être en mesure, à n’importe quel moment, de justifier chacun de ses choix, de le situer au sein d’un infaillible plan. 

Le livre avance ainsi, de contradictions en volte-face, de refontes en refontes, prenant le large on ne sait comment. Si jamais il reste à quai, en cale sèche, malheur : le capitaine fantôme se transforme en un très consistant inspecteur, et inflexible, une tête de mule, parlant déjà de démantèlement, prédisant le naufrage. Certes, il n’y a personne à la barre et des palabres sans fin dans les soutes, répond l’équipage ; mais du moment que le vent souffle ! Et comme il souffle, on largue les amarres, les yeux fixés sur "la dernière ligne" (on aura reconnu l’horizon).



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