lundi 7 février 2011

Canards hypertendus




« À première vue personne dans la cour qu’un platane au milieu. Puis Meyer distingua la tête et le poitrail luisant d’un cheval fou dans l’ombre d’une stalle, forte bête écumante aux yeux gelés de terreur et qui, soudain se cabrant, se mit à battre des antérieurs contre la porte du box. Le choc répété des sabots sonnait d’abord sinistrement puis Meyer s’aperçut, à quelques autres signes, qu’une atmosphère inquiète pesait sur la basse-cour : frissonnant rang serré, les poules s’étaient juchées sur une branche du platane, quelques canards hypertendus investissant la branche du dessus, loin du rond d’eau boueuse au bord duquel, regard immobile et soies hérissées, quatre porcs paraissaient en état de choc. Tout cela respirait moins une peur précise — les mauvais traitements, les garçons-bouchers, les fours à micro-ondes — qu’un profond malaise flou. »

 

Jean Echenoz, Nous trois (1992)



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