dimanche 19 juin 2011

Où il y a de la lumière




"Revenant fort tard de la maison de thé, Nasr Eddin laisse tomber, devant le seuil de chez lui, l'anneau qu'il porte au doigt.

Aussitôt l'ami qui l'accompagne s'accroupit pour chercher à tâtons. Nasr Eddin, lui, retourne au milieu de la rue, qu'éclaire un splendide clair de lune.

— Que vas-tu faire là-bas, Nasr Eddin ? C'est ici que ta bague est tombée !

— Fais à ta guise, répond le Hodja. Moi, je préfère chercher où il y a de la lumière." 



"Nasr Eddin est très gravement malade et, vu son grand âge, il faut pratiquement renoncer à tout espoir de rétablissement. L'imam est donc venu lui faire subir un petit examen de passage pour l'au-delà.

— Hodja, le moment est arrivé pour toi. As-tu bien foi en Allah et en son prophète ? Crois-tu à la vie éternelle et à la résurrection ?...

— Tais-toi donc ! l'interrompt Nasr Eddin dans un murmure. Je vis mes derniers instants et toi tu t'amuses encore à me poser des devinettes !" 

*

"À une sécheresse de plusieurs mois avait succédé la famine. Mais tout le monde ne mourait pas de faim pour autant : les riches avaient pris soin de faire d'amples réserves de blé, d'huile, de légumes secs et de viande séchée.
 Khadidja dit alors à son mari :
 
— Nasr Eddin, toute la ville te tient pour un homme de poids. Ne reste pas les bras croisés ; va sur la place, rassemble tout le monde, et tente de convaincre les riches de donner à manger aux pauvres.
 
Nasr Eddin trouve pour une fois que sa femme a raison. Il fait comme elle dit et, deux heures après, rentre, la mine réjouie.
 
— Ma femme, rendons grâce à Allah le Miséricordieux !
 
— Ah ! Tu as donc réussi ?
 
— Ce n'était pas une mission facile. À moitié.
 
— Comment cela, à moitié ?
 
— Oui : j'ai réussi à convaincre les pauvres."  

in Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja
(anonyme, XIIIe-XVe siècles)


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