dimanche 3 juillet 2016

Capitaine d'un soir


Grâce à des amis du gardien, j'ai pu passer la première nuit de juillet dans le fort abandonné de Brégantin, au nord-est de l'île du Frioul, avant-poste caché des regards. Confort sommaire — ni eau ni électricité — mais des chambres voûtées éclairées à la bougie, un silence habité par les cris des mouettes et des puffins, véritables maîtres des lieux, s'ébattant par centaines, un ciel étoilé comme pas deux, au réveil un fin croissant de lune orange, l'eau qu'on mesure pour nettoyer la cafetière, un couple d'amoureux que l'on surprend baisant au loin, sur un promontoire face au soleil levant, croyant être seuls (et que j'avais pris pour des girouettes, à leurs mouvements frénétiques, avant que mon zoom m'édifie et que je détale aussitôt de ma propre éminence), des souterrains catacombaux que l'on visite à la lampe-torche, un plongeon dans une crique transparente, la surprise au matin d'un antique piano défoncé dans un coin du fort proprement dit, etc., etc.

































(L'ancienne capitainerie du fort, qui fut ma chambre.)











"Une île, si elle est assez grande, ne vaut guère mieux qu'un continent. Elle doit être vraiment très petite pour que l'on s'y sente tout à fait sur une île ; et cette histoire montre à quel point elle doit être minuscule pour que l'on puisse prétendre la remplir de sa seule personne." 

D. H. Lawrence, L'homme qui aimait les îles



1 commentaire:

Tororo a dit…

Très joli, le couple d'amoureux de la photo 6 - silhouettes hiéroglyphiques qu'on pourrait, en effet, prendre pour des girouettes.