lundi 10 janvier 2011

Terriblement intact




L’automne vint dans la nuit du cinq août,

Probablement avec les premières clartés du matin,

À l’heure où le ciel se couvre de sel

Et bascule dans un infranchissable présent

En marge du sommeil.



Sur ces courts espaces sans illusion,

Plus anciens que le petit jour de n’importe quel été

Où l’ont pouvait penser qu’allaient cesser les va-et-vient

Et qu’il a pourtant fallu mettre tant d’années à situer

Comme le moment précis où la rivière est vraiment
        
         rivière,

Le temps n’a rien modifié — au contraire —

Sinon ravivé dans les veines indifférentes

Le ressac des premières discordances.


[...]


Très vieux spectacle encore intelligible

Et cependant si nouveau en quelque sorte.



Et là cependant, là il faut bien reconnaître
        
que le temps n’aura rien usé.

Tout est au contraire toujours terriblement
        
 intact.

Qui viendrait parler de se souvenir ?

Puisque c’est ici, non ailleurs ;

Maintenant et ainsi,

Ni avant ni jamais autrement. Par exemple
       
un matin de septembre...



Mais le temps n’est pas la question.
 



Emmanuel Hocquard, Les Élégies (1990)
Élégie 1, I 



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