jeudi 11 octobre 2012

Une preuve du refus


« Restait maintenant le problème de rentrer et de l'envie modérée que j'en avais. Toutefois, on s'approchait de dix-huit heures, et, en regardant la carte, je n'ai pas trouvé de destination proche qui m'ait paru valoir la peine. Je n'étais pas très attiré par les Baux depuis que Malebranche m'avait vanté leur charme. Il y avait bien un village, tout près, jusqu'où il m'eût amusé de pousser, surtout à cause de son nom, Aureille, mais j'ai eu peur d'être déçu. En même temps, je n'attendais rien de spécial de quoi que ce soit, et, si j'évoque ici la crainte que je pouvais nourrir d'une déception, ce n'était pas réellement par rapport à un enjeu. Je n'attendais rien en vérité d'un village comme Aureille. Ce que je veux dire, c'est que si j'avais été dans un état normal, légèrement porté par la vie, par exemple, j'en aurais probablement attendu quelque chose, et c'est par rapport à ce quelque chose en soi que j'avais peur d'être déçu. Pas pour moi, donc, ni pour Aureille. Mais pour ce que cette déception, objective, en somme, aurait signifié de négatif et, partant, d'inutilement noir, comme une preuve du refus que peut opposer le monde. Je ne voulais pas être, non la victime, mais le témoin de ça. Je suis donc rentré. » 

Christian Oster, Rouler (2011)



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