mardi 3 juin 2014

Quant aux crotales


« [...] quant aux crotales, l'autre grande terreur irraisonnée des gens trop civilisés, ils sont rares, car la majeure partie du parc est à une altitude trop élevée pour les serpents. Ces pauvres créatures, que leur Créateur est le seul à aimer, sont timides et craintives, comme le savent les montagnards ; et si sans doute elles ne sont guère douées de cette charité à la fois patiente, douce et bienveillante, que ce soit par erreur ou par accident il est bien rare qu'elles fassent du mal à quiconque. Ce qui est sûr, c'est qu'elles ne causent pas même la centième partie des souffrances et des morts qui suivent les brisées du trappeur tellement admiré des montagnes Rocheuses. Quoi qu'il en soit, à propos et hors de propos une question revient sans cesse : "À quoi les crotales servent-ils ?" Comme si ce qui n'est pas évidemment utile à l'homme n'avait pas le droit d'exister ; comme si nos manières de voir étaient celles de Dieu. Il y a bien longtemps, un Indien, à qui un voyageur français avait posé cette vieille question, répondit que la queue était bonne pour le mal de dents et la tête, pour la fièvre. De toute façon, ils sont tout entiers, tête et queue, bons pour eux-mêmes, et nous n'avons pas à leur refuser leur part de vie. » 

John Muir, Le parc national de Yellowstone (1901)
in Célébrations de la nature



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