dimanche 29 juin 2014

Miracle trompeur




« La mer et le ciel étaient noirs. Les lumières de la grande voûte se consumaient, scintillant dans les lointains infinis. Leur lueur froide, qui anéantit ou exalte le cœur, engendra le miracle trompeur de pensées édifiantes. Des millions d'humains (et qui sait si les animaux ne font pas de même) lèvent, la nuit, leurs yeux mystérieux, et se replient dans une âme solitaire ou pleine d'espérance inquiète, la leur propre. Ils se voient élus ou rejetés. Ou encore, cette vision lointaine est aussi distante d'eux qu'elle prétend l'être. Elle ne pénètre pas les vapeurs lourdes de leur sang martyrisé. En d'autres moments, les tempêtes couvrent de leur vacarme les brumes de notre terre. Maintenant, c'était la rosée brillante des solitudes, tombant goutte après goutte. » 

Hans Henny Jahnn, Le Navire de bois (1936)



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