mercredi 30 janvier 2013

Si évidemment ridicule



"Kate : Maintenant j’ai une autre raison de détester Noël.

Billy : Pourquoi tu dis ça ?

Kate : La pire chose qui me soit jamais arrivée, c’était à Noël. Oh, mon dieu. C’était si horrible. C’était la veille de Noël. J’avais neuf ans. Moi et Maman nous décorions l’arbre, en attendant que Papa rentre du travail. Des heures ont passé. Papa n’était pas là. Alors Maman a appelé le bureau. Pas de réponse. Noël est venu et passé, et toujours rien. La police a lancé une recherche. Quatre ou cinq jours ont passé. Aucune de nous ne pouvait manger ou dormir. Tout s’effondrait. Il neigeait dehors. La maison était gelée, alors j’ai essayé d’allumer un feu. C'est à ce moment que j'ai remarqué l'odeur. Les pompiers sont venus et ont percé la cheminée. Et moi et Maman attendions qu’ils en sortent un chat mort ou un oiseau. Ils en ont tiré mon père. Il était vêtu d'un costume de Père Noël. Il était descendu dans la cheminée... les bras chargés de cadeaux. Il voulait nous faire une surprise. Il a glissé et s'est brisé le cou. Il est mort sur le coup. Voilà comment j'ai découvert qu’il n'y avait pas de Père Noël."




"J’ai toujours considéré le succès phénoménal de Gremlins comme un coup de veine, parce que personne n’en attendait rien. Le film a failli ne pas se faire, le studio ne l’aimait pas beaucoup et ne savait pas quoi en faire. C’est le public qui a littéralement sauvé le film à la preview. Warner Bros n’aimait pas le ton du film. Ils l’ont montré à San Diego. Je n’ai jamais rien vu de tel. C’était le délire. Les gens criaient, sifflaient, applaudissaient, parlaient après les scènes. C’était invraisemblable. D’un seul coup, les dirigeants se sont regardés : “Voyez-vous ça ! Nous tenons un gros succès. Mais il faut quand même faire quelque chose. On ne peut pas le laisser s’en sortir comme ça.” Alors, ils ont concentré le tir sur ce qu’ils détestaient le plus : le récit que fait Phoebe Cates de la mort de son père, coincé dans la cheminée. J’ai appris plus tard que même après la sortie, Warner Bros continuait de harceler Spielberg : “Il n’est pas trop tard... on pourrait faire couper les copies dans les agences régionales.”
Pour moi, c’est une véritable scène-clé de mon œuvre, si je puis me permettre d’employer ce mot. Voilà un personnage du film que vous aimez bien, qui, d’ailleurs, a très peu à faire - à part dire cette tirade. Elle raconte cette histoire terriblement poignante sur une chose affreuse qui est arrivée à son père. Le spectacteur est conditionné à l’aimer et à la plaindre. Mais l’histoire qu’elle raconte est si évidemment ridicule, encore que vraisemblable, que le spectateur est confronté à deux réactions. Il doit affronter le fait que c’est une histoire très triste pour elle, et il l’aime, mais aussi que c’est un truc macabre et ridiculement crétin. C’est absurde. Et il ne sait pas comment réagir. Rire à cette scène équivaut à rire d’elle. À trahir un personnage qu’on aime…"


Entretien avec Joe Dante in Joe Dante et les Gremlins de Hollywood (éd. Cahiers du cinéma, 1999)


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