mercredi 8 août 2018

Rêverie calendaire #336








Tes yeux sont doux comme ceux d’une fille, 
jeune étranger, 
et la courbe fine de ton beau visage de duvet ombragé 
est plus séduisante encore de ligne... 

D’accord, L’Indifférent de Maurice Ravel n’est pas une chanson ouvertement gay, pas plus que ne l’était Ravel lui-même ; mais, dans un océan de lieder hétéros, elle pourra passer aisément, et sans forcer le texte, pour un sommet de l’élégie musicale homo-érotique. Nécessité fait loi. 

L’auteur dudit texte, en tout cas, Léon Leclère dit Tristan Klingsor, naquit le 8 août 1874, soit un jour avant Reynaldo Hahn (l'amant de Proust d'ici vingt ans) et un an après qu’un tribunal belge sans empathie pour les drama queens avait condamné Paul Verlaine à deux ans de prison. 

L’une des balles du poète saturnien avait atteint Rimbaud à l’avant-bras. Bien des années plus tard, dans un appartement sur la 42e, à New York, entre deux séjours en prison, le prince des camés Herbert Huncke, ancien prostitué et toujours voleur — qui saurait, de toutes ses misères, tirer des récits d’une douceur poignante (il ne voulait qu'un peu d'amour) et malgré tout mourir octogénaire, le 8 août 1996 — garrottait celui de Bill Burroughs et lui injectait, avec art, son tout premier fix (le futur papa des Garçons sauvages trouva ça très, très intéressant). 

Le 8 août 1960 enfin, le bédéaste Ralf König, lui aussi pédé autant qu’on peut l’être, égayait soudain la Rhénanie du Nord. Biais ou pas, les faits sont là.



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