mercredi 25 mai 2016

Évidemment les yeux






dans la tranquillité trompeuse du dormir 
les yeux bougent en tous sens 
comme s'ils cherchaient 
à éviter ou à attraper quelque chose 

un gravier dans un seau 
un grain de sel sur une lame 

évidemment les yeux du rêveur 
et ceux du lecteur ne font pas le même métier 

leur tracé d'exploration procède pourtant 
d'un effort de fixation et de saccades identiques 

j'y vois la preuve de l'existence d'un narrateur unique


Pierre Parlant, Les courtes habitudes. Nietzsche à Nice, éd. Nous, 2014



mardi 24 mai 2016

Soustractions



Quand une chose n'est pas, à quoi bon la dire ? On n'imagine pas un moyen plus sûr de perdre son temps. Or les phrases négatives m'ont toujours procuré une jouissance littéraire particulière, peut-être la plus intense. Pour moi c'est la poésie même, c'est la littérature à l'état pur. "Il ne pleut pas", et c'est déjà le grand frisson.




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(composé en 1933)


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intertitre parmi des rushes dans Hail, Caesar ! (2016) de Ethan et Joel Coen



samedi 14 mai 2016

C'est clair



"La voix est la seule partie du corps que l'on ne puisse pas enterrer." 

Ryoko Sekiguchi, La Voix sombre, P.O.L, 2015






vendredi 6 mai 2016

C'est clair ?



Jacques Callot, étude



"Mon livre, le voilà tel que je l'ai fait et tel qu'on doit le lire, avant que les commentateurs ne l'obscurcissent de leurs éclaircissements." 

Aloysius Bertrand, 1836
[dédicace finale de Gaspard de la Nuit]


jeudi 21 avril 2016

Le Japon à travers les âges


Par ordre d'apparition : Ishikawa Takuboku (1886-1912), Saigyô (1118-1190), Ryôkan (1758-1831). 






dimanche 17 avril 2016

Birds of Morocco


Casa n'a vu grandir qu'un seul Marcel Cerdan (plusieurs cafés portent son nom) mais on y voit des piafs en nombre.








mercredi 13 avril 2016

T'sbah ala khir *
















C'était une longue marche mais nous attendaient, dans le décor d'un léger kitsch frédérico-mitterrandien de "La Sqala", gastronomique du front de mer, des sardines farcies au citron confit et un tiramisu à l'Amlou (amandes brassées à l'huile d'argan) dont je me lèche encore les babines, dans mes babouches.

* Bonne nuit. 


dimanche 27 mars 2016

Ni trop ni trop peu




Il faut avoir trois ans pour voir aussitôt une baleine dans une brindille filifrome se terminant par un tortillon évoquant en effet assez lointainement une queue de cétacé, la coucher dans une minuscule flaque au milieu du patio (l'océan) et la pêcher au moyen d'une branche morte, assis sur la rive d'une marche détrempée. 

Le jour baissait, j'étais sorti fumer dans la cour et F. m'avait suivi, chaussant fier comme un paon les bottes dix fois trop grandes de son père pour me montrer l'endroit où, la veille, il avait vu un ver de terre. Moi je pensais à Pinocchio, assis à ses côtés, est-ce que tu connais ? Non. J'ai raconté une première fois dans les grandes lignes, c'est une histoire assez compliquée finalement, F. n'arrêtait pas de poser des questions tout en continuant à touiller l'océan, je n'étais pas assez précis, et après ? Et après rien, ils sont heureux. Et le papa ? Eh bien, il est heureux, voilà. C'est fini. 

Encore. 

La seconde fois je me suis pris au jeu, j'ai vraiment raconté l'histoire, en la simplifiant certes mais ça m'a tout de même pris six ou sept minutes, F. a posé sa canne à pêche et n'a pas moufté jusqu'au happy end, sanctifié d'un nouvel "encore", meilleure critique imaginable. Bien plus tard, je me suis aperçu que pas un instant que je n'avais songé à parler du nez qui s'allonge, ou de l'insecte moralisateur. C'étaient donc des détails tout à fait superflus, leur omission n'affectait en rien l'efficacité du récit, si j'en jugeais par la réaction de F., jeune professeur de narratologie. 

(Je l'ai frustré d'une troisième paraphrase, j'avais froid aux fesses.)