dimanche 27 mars 2016

Ni trop ni trop peu




Il faut avoir trois ans pour voir aussitôt une baleine dans une brindille filifrome se terminant par un tortillon évoquant en effet assez lointainement une queue de cétacé, la coucher dans une minuscule flaque au milieu du patio (l'océan) et la pêcher au moyen d'une branche morte, assis sur la rive d'une marche détrempée. 

Le jour baissait, j'étais sorti fumer dans la cour et F. m'avait suivi, chaussant fier comme un paon les bottes dix fois trop grandes de son père pour me montrer l'endroit où, la veille, il avait vu un ver de terre. Moi je pensais à Pinocchio, assis à ses côtés, est-ce que tu connais ? Non. J'ai raconté une première fois dans les grandes lignes, c'est une histoire assez compliquée finalement, F. n'arrêtait pas de poser des questions tout en continuant à touiller l'océan, je n'étais pas assez précis, et après ? Et après rien, ils sont heureux. Et le papa ? Eh bien, il est heureux, voilà. C'est fini. 

Encore. 

La seconde fois je me suis pris au jeu, j'ai vraiment raconté l'histoire, en la simplifiant certes mais ça m'a tout de même pris six ou sept minutes, F. a posé sa canne à pêche et n'a pas moufté jusqu'au happy end, sanctifié d'un nouvel "encore", meilleure critique imaginable. Bien plus tard, je me suis aperçu que pas un instant que je n'avais songé à parler du nez qui s'allonge, ou de l'insecte moralisateur. C'étaient donc des détails tout à fait superflus, leur omission n'affectait en rien l'efficacité du récit, si j'en jugeais par la réaction de F., jeune professeur de narratologie. 

(Je l'ai frustré d'une troisième paraphrase, j'avais froid aux fesses.)

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