lundi 2 mai 2011

Et alors le moment s’achève





"J’aimerais parler de la perfection sous-jacente à la vie, quand l’esprit est submergé par la perfection et le cœur débordé par la plus grande joie […] 
À vivre nos vies, il y a quelque chose comme une course – notre esprit se couvre et sombre dans l’inquiétude et puis c’est la déprime et on doit prendre des vacances pour en sortir. 
Et puis il y a parfois des moments de perfection et, dans ces moments-là, on se demande bien d’où nous vient que la vie serait difficile. On se dit qu’au moins nos pas suivent la bonne voie et qu’on est à l'abri de flancher et d'échouer. On est fermement convaincu de tenir la solution et alors le moment s’achève […] 
Bien des gens pensent qu’ils sont au diapason du destin, que la somme de leurs inspirations les guidera vers ce qu’ils veulent et qu’il leur faut. Mais l’inspiration n’est véritablement que le guide vers la chose suivante et peut-être bien ce qu’on nomme réussite ou échec. Les mauvais tableaux doivent être peints et, pour l’artiste, ils valent plus que ces autres tableaux plus tard portés à la connaissance du public […] Se sentir confiant et de taille à réussir n’est pas dans la nature de l’artiste. Se sentir déficient, expérimenter déception et défaite en attendant l’inspiration, tel est son état d’esprit naturel. Il en découle que l’éloge embarrasse quelque peu la plupart des artistes. Ils ne peuvent s’attribuer le mérite de l’inspiration, parce que s’il nous est donné de voir à la perfection, il nous est par contre impossible de réaliser à perfection." 

Agnes Martin (1912-2004) 
transcrit en 1972 par Lizzie Borden d’après une interview de l’artiste 
traduction inédite de l’anglais d’Igor Ballereau



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