samedi 3 novembre 2012

Accords imprévus au départ



« […] cette langue, donc, tout en me forçant par sa structure linéaire et les lois de sa syntaxe à chercher un ordre, désigner des priorités, ne cesse en même temps de me proposer, à chaque mot que je trace, une multitude de perspectives, de chemins possibles, d’images, d’harmonies, d’accords imprévus au départ, ouvertures que loin de repousser comme celui que veut asservir (ou faire servir) la langue à ses idées, j’examine, retiens ou rejette, m’engageant souvent dans des directions auxquelles je n’avais pas pensé, de sorte que ce qui se fait au cours de ce travail est infiniment plus riche que mon vague — très vague — projet initial […] Paul Valéry maintenait que la parole plane et courante vole à sa signification, et que la parole littéraire a pour fin la volupté [...] » 

« Invité à Moscou il y a quelques années par l'Union des Écrivains d'U.R.S.S. (c'était avant Gorbatchev), j'ai subi, à leur siège, une sorte de bizarre interrogatoire au cours duquel, entre autres questions, on m'a demandé quels étaient les principaux problèmes qui me préoccupaient. J'ai alors répondu que ces problèmes étaient au nombre de trois : le premier : commencer une phrase ; le deuxième : la continuer ; le troisième enfin : la terminer, ce qui, comme on peut le deviner, a jeté un froid [...] » 

Claude Simon, Quatre Conférences (2012)



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