vendredi 23 juin 2017

Pa ra bla la fla




Des Yveteaux lui disoit que c’étoit une chose désagréable à l’oreille que ces trois syllabes : ma, la, pla, toutes de suite dans un vers : 
« Enfin cette beauté m’a la place rendue. » 
— Et vous, lui répondit-il, vous avez bien mis : pa ra bla la fla
— Moi, reprit des Yveteaux, vous ne sauriez me le montrer. 
— N’avez-vous pas mis, répliqua Malherbe : 
« Comparable à la flamme ? » 


Arroseur arrosé extrait de la vie de Malherbe par Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692) — dont la fin est superbe : 


Il n’étoit pas autrement persuadé de l’autre vie, et disoit, quand on lui parloit de l’enfer ou du paradis : « J’ai vécu comme les autres, je veux mourir comme les autres, et aller où vont les autres. »  
On dit qu’une heure avant que de mourir, il se réveilla comme en sursaut d’un grand assoupissement, pour reprendre son hôtesse, qui lui servoit de garde, d’un mot qui n’étoit pas bien français, à son gré ; et comme son confesseur lui en voulut faire réprimande, il lui dit qu’il n’avoit pu s’en empêcher, et qu’il avoit voulu jusqu’à la mort maintenir la pureté de la langue françoise.


"Il n'était pas autrement persuadé de l'autre vie", quelle merveille. Le texte intégral des Historiettes de Tallemant dont cette vie est tirée ne fut publié qu'en 1967, dans la Pléiade, et à en lire certaines pages on imagine bien pourquoi — par exemple, dans ce passage, c'est la première phrase, aussi drôle que profonde, qu'on cherchera en vain dans les éditions précédentes :






2 commentaires:

Anonyme a dit…

Délectable!!
Merci d'avoir de si bonnes lectures et d'en faire profiter autrui...
Bien à vous,
Liliane Breuning

Didier da Silva a dit…

Tout le plaisir est pour moi, Liliane. C'est mon côté communiste.