vendredi 20 juin 2008

Un vieil ami





"À cette époque, on pouvait s’asseoir en rond et, pendant des heures, échanger des idées déchaînées qui ressemblaient beaucoup à la théorisation que l’on trouve dans les romans russes. John était, bien sûr, très impliqué dans le Zen, mais malgré le caractère abrupt de cette philosophie, cela paraissait remplir tout aussi bien les soirées. Ce qui est étonnant, c’est que John inventait réellement des manières sans précédent d’écrire une musique qui contenait ces idées Zen. On pourrait croire que j’aurais été davantage impliqué dans ces idées, étant donné que je m’intéressais si profondément à la musique qu’elles inspiraient. Cela n’a pas fonctionné de cette façon. Plus je m’intéressais à la musique de Cage, plus je devins détaché de ses idées. Je pense que ceci arriva aussi à Cage. Tandis que sa musique se développait tout au long des années, il parlait de moins en moins de Zen. Tout au plus lui donnait-il une petite tape chaleureuse sur l’épaule, comme s’il s’était agi de quitter un vieil ami confortablement installé dans le bar d’un hôtel de Tokyo, tandis qu’il entamait lui-même une marche à travers le désert de Gobi."   

Morton Feldman, Transmettez mon meilleur souvenir à la « Huitième Rue » (1968) in Ecrits et Paroles, p. 182


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