lundi 11 août 2008

Couperin et moi




Les idées heureuses, par votre serviteur

Je suis tombé amoureux de François Couperin il y a cinq ou six ans, quand je me suis mis à le jouer. Je veux dire par là que je l’avais très peu écouté par le disque et jamais en concert quand j’ai fait l’acquisition des deux volumes, rassemblant les 27 ordres de ses pièces pour clavecin, de la collection Dover. Cette maison américaine, bien connue des musiciens pauvres (prix imbattable, étant donné la cherté ordinaire des partitions) reproduit en l’occurrence l’édition établie par Brahms et Chrysander, peut-être pas la plus “scientifique” pour un baroqueux mais comme je la joue au piano, de toute façon... Les deux volumes sont aujourd’hui bien fatigués, décousus par endroits, déchirés à d’autres (les tournements de pages dans les morceaux rapides sont parfois périlleux). Leurs couvertures s’ornent du même portrait de Couperin en robe de chambre, le coude droit posé sur un guéridon soutenant un plume dans un encrier, la main gauche tenant un feuille de papier réglé, la tête de face peu expressive, la bouche mince et la moustache fine. 



Les Sylvains


Déchiffrer une musique que vous ne connaissez pas, c’est l’inventer en la découvrant. Pour peu que cette musique vous parle, et que son langage vous paraisse naturel, vous vous l’appropriez comme nulle autre. Bien plus tard, après avoir traduit dans mon petit idiome la totalité des pièces, j’ai écouté le Couperin de Sempé, de Rannou, de Meyer, de Tharaud : ce n’est pas le mien. Je ne prétends nullement évidemment que le mien leur soit supérieur (ce sont de grands artistes, et moi un amateur qui ferait rire un Chinois de six ans — allez, huit ans, ne nous sous-estimons pas) ; c’est le mien, c’est tout. Dans l’intimité je l’appelle François, et il me semble mieux le connaître que certains de mes amis. 




La petite pince-sans-rire

Je sais très bien l’épaisseur des siècles et des malentendus, tout ce qui s’est perdu. Il est fort possible que ma façon de jouer sa musique ait transformé sa dépouille en toupie, s’il est vrai que les morts trahis se retournent dans leur tombe. Mais dans l’intimité encore, et pour tout dire, je n’en crois rien. Seul avec mon piano, n’ayant de comptes à rendre à personne sinon à lui, qui est ma créature, je peux penser toute honte bue qu’il a écrit pour moi, sachant combien j’aimerais leur mélancolie, leur malice, leur modestie, 

Les Sylvains, La Majesteuse, Les Sentiments, 
Les plaisirs de Saint Germain en Laÿe,
La Prude, La Voluptueuse,
La Ténébreuse, La Lugubre,
Les Laurentines, Les Regrets, La Favorite,
La Marche des Gris-vêtus,
Les Ondes et Les Agréments, Les Langueurs-Tendres et Les Bergeries,
Les petites chrémiéres de Bagnolet,
La Ménetou, La Muse Naissante et L’enfantine,
L’Unique et La Rafraichissante,
La Princesse de Sens et La Séduisante,
Les Graces-Naturéles,
Les Lis naissans, Les Rozeaux, Les Juméles,
Les Folies françaises et L’âme en peine,
Le Rossignol en amour et Les Fauvétes plaintives,
Le Dodo ou l’amour au berceau,
L’Himen-Amour et La Distraite,
L’Ingénue et La Muse-Plantine,
La reine des coeurs et La petite Pince-sans-rire,
Les tours de passe-passe et Les Tricoteuses,
Les vieux Seigneurs et L’Amphibie,
La Belle et Les ombres errantes,
La Convalescente et L’Epineuse,
L’Exquise,





Oui, tout ce petit monde idéal, heureusement idéal bien sûr, toute cette parade j’en ai seul la clef, comme disait l’autre...
Et entre toutes ces pièces je tends des fils aussi et je chante. C’est ma pop. Gai ou triste, elle s’accorde à toutes mes humeurs. J’y suis tout de suite comme un poisson dans l’eau ; la musique de François pour moi est à la bonne température — et c’est un ruisseau plein de lumière et d’ombre.







1 commentaire:

Anonyme a dit…

super c'est doux original ça se boit comme du petit lait J'adore!!!