mercredi 16 mars 2016

Trouvailles

Pendant ce temps, chez Hélium, la Constellation s’agrandit : nous voilà cinq, il en manque deux pour faire une pléiade — je fais confiance à Sophie Giraud, elle les trouvera. D’une manière générale, on peut faire confiance à Sophie Giraud, cela fait partie des quelques certitudes que j’ai dans la vie (on peut dire du bien de son éditeur, c’est permis). La preuve : je continue à me trouver en très bonne compagnie. Si ces deux nouveaux livres n’ont rien à voir entre eux (c'est l'heureuse règle de la collection), il se trouve que le regard est leur grande affaire : pour l’un il est une membrane, pour l’autre il est digital ; l’un s’intéresse à la séparation, via le transfert, l’autre à la fusion, via le fond vert ; les deux sont recommandables. Il est difficile d’isoler un passage d’Un temps pour se séparer (Notes sur Robert Capa) de Sébastien Smirou, car cette “fiction psychanalytique” autour de la figure du fameux photographe de guerre et trompe-la-mort est une pensée en mouvement, se dépliant sous nos yeux, tous ses éléments sont solidaires et forment une image complexe, nuancée, ambiguë ; mais croyez-moi sur parole, l’ensemble est stimulant, singulier, et d’autant plus plaisant à suivre qu’écrit dans une langue aussi claire qu’élégante. La Magie Industrielle de Patrice Blouin, en revanche, poème en plusieurs chants brefs — ou encore prosopopée d’un corps-monde imaginaire, le je du texte — célébrant l’inédite beauté des “images de synthèse”, dans le cinéma de divertissement contemporain, se prête volontiers à la citation, avec ses phrases courtes dont sont bannies les virgules : 

“Je peux vous le dire. Je ne m’en cache pas. Ce n’est un secret pour personne. La lumière des espaces infinis m’effraie. L’obscurité est terrible assurément. Mais l’iridescence de certaines galaxies est plus effrayante encore. Et je ne parle pas simplement des soleils et des étoiles. Je connais aussi des planètes qui ont la brillance insoutenable d’un flash de magnésium. 

Et pourtant ce sont ces halos de lumière qui attirent les hommes depuis toujours. Malgré eux. Sans qu’ils sachent pourquoi. Sans avoir la moindre idée de ce qu’ils y trouveront. Au milieu de ces halos se tient peut-être un trou noir minuscule en train de tout aspirer à la paille. Ou juste une planète blanche entièrement composée de glace. 

Vous avez remarqué. Dans l’univers chaque planète – hormis la Terre – se limite à un climat. Partir dans l’espace profond c’est appareiller pour une saison. Un Hiver en Sibérie le plus souvent. Ou un Été dans le Sahel. Mais il doit bien exister également des Toscane en Automne. Des Paris au Printemps. Il suffit de les trouver.”

En attendant, vous savez où trouver ces deux nouvelles étoiles — en librairie depuis tout juste une semaine. Tant que vous y êtes, jetez un œil au malicieux premier roman de Colombe Boncenne, Comme neige (paru chez Buchet-Chastel en janvier dernier), fantaisie littéraire à mi-chemin entre Calvino et Marcel Aymé (trouvé-je), il vous fera passer un bon moment (ce fut mon cas entre hier soir et ce matin).







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