jeudi 27 mars 2014

L'autre infini



« Ce sont là les dangers de la vie d’insulaire. Lorsque, à la ville, vous vous faufilez en guêtres blanches entre les voitures, avec au ventre la crainte de la mort, vous êtes tout à fait à l’abri des terreurs de l’éternité. L’instant présent est votre petit îlot dans le temps, c’est l’espace qui tourbillonne autour de vous.

Mais lorsque vous vous isolez sur une petite île dans l’immensité de l’espace, alors l’instant présent se met à se gonfler et à se dilater en grands cercles, la terre ferme disparaît, et votre âme sombre, nue et insaisissable, se retrouve dans le monde dépourvu de temps, où les chariots des prétendus morts dévalent à toute allure les vieilles rues des siècles, et des âmes se pressent sur les trottoirs que, dans l’instant, nous appelons le temps jadis. Les âmes de tous les morts reprennent vie et palpitent activement autour de vous. Vous êtes dans l’autre infini. » 

David Herbert Lawrence, L’homme qui aimait les îles

(The Man Who Loved Islands, 1926)



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