samedi 29 mars 2014

Quand on a déjà le tournis




"Il y eut d’autres moments similaires : assis à Battery Park en train de manger les restes d’un cookie géant coincé dans un emballage plastique, avec, en toile de fond, d’énormes tourbillons de fumée s’élevant au-dessus du port et la statue de la Liberté devenue grise au lieu de verte et curieusement privée de tête — dans mon souvenir en tout cas ; ou allongé sur un banc près de Cloisters, dans une sorte de semi-torpeur provoquée par le soleil trop chaud pour la saison, lorsqu’un homme à peu près aussi présentable que moi s’approcha de mon banc et me pinça le bras.
 Il avait un plan, me dit-il, un plan super pour lequel il lui manquait juste un partenaire. Si j’étais intéressé, il m’embauchait. Il ajouta qu’avant de me dire ce dont il s’agissait il fallait qu’il me teste. Je lui demandai en quoi consistait le test. Il fallait que je trouve quelqu’un qui me ressemblait et que je lui pince le bras, dit-il. Ensuite il fallait que je lui dise que j’avais un plan et que je lui demande s’il voulait être mon partenaire et, s’il était d’accord, le tester de la même façon. 
Quand on a déjà le tournis, ton plan n’arrange rien, fis-je remarquer.
 C’est pas vraiment mon plan, répondit-il."  

Laird Hunt, New York n°2 (2010)


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