mardi 15 juillet 2014

La beauté est un mur vide




[Beckett à Thomas McGreevy, le 26 juillet 1936, alors que Murphy ne trouve pas d’éditeur]

Je pense que la prochaine petite source d’émotion forte, c’est de voler. J’espère que je ne suis pas trop vieux pour m’y mettre sérieusement, ni trop stupidement ignorant des machines pour obtenir un diplôme de pilote professionnel. Je n’ai pas envie de passer le reste de ma vie à écrire des livres que personne ne lira. Ce n’est pas comme si j’avais envie de les écrire. 


[à Mary Manning Howe, le 14 novembre 1936] 

Je rêve, avec l’aide de café noir, de me blottir dans un giron de la taille de six hectares, avec toutes les dépendances strictement à l’échelle, qui soit tout à moi dans ma présente difformité. La beauté est un mur vide avec Défense d’afficher. Je suis fatigué de me cogner la tête contre […] 
J’ai l’impression que quelque chose me pousse à m’adresser à mes amis lorsque je suis le moins en état de le faire.
Les gens m’aiment bien — pas très longtemps […] C’est pire que quand on ne vous aime pas dès le début. J’espère ne pas être obscur. 
Où cela fait mal ? Inutile de viser un point précis. Ça ne fait mal nulle part. Et ça monte jusqu’à faire mal partout. J’ai l’impression d’être un Sébastien anesthésié affectant de ravaler ses cris.



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