vendredi 13 février 2015

Comme une fleur





Je ne veux plus tournoyer dans le vide comme une fleur qui tombe. 

C’est beau, n’est-ce pas ? Depuis treize siècles. Bon, en fait, c’est écrit comme ça : 

Je ne veux plus 
     tournoyer dans le vide 
          comme une fleur qui tombe 

mais je préfère tout attaché. La voilà, tiens, la supériorité de la prose, pas la peine de chercher plus loin : l’écrivain croit qu’il y a un lien. 


6 commentaires:

Igor a dit…

Oui, mais quelle musique aussi dans ces suspens, ces décrochages.
"plus / vide / tombe".

Ambre a dit…

Oui, c'est beau. Ça c'est pas mal non plus comme "tournoiement" (mais ça n'a pas treize siècles;-) :
http://expositions.bnf.fr/japonaises/grand/032.htm

jean-claude legros a dit…

Loin de moi l'idée, le projet d'engendrer une polémique. Cependant, vous écrivez "suspens". Croyez-vous vraiment qu'après la lecture de cette partie de phrase, le lecteur se demande avec anxiété, le poing sur le front et le coude sur la cuisse, les larmes aux yeux et le vide de l'infini de la méconnaissance devant lui: "Mais bon dieu, que ne veut-il plus?" puis qu'enfin soulagé, rassuré, il apprend que le poète (!) en a marre d'être ballotté par des événements indépendants de sa volonté...etc! La proposition de Didier da Silva a, en plus, le mérite d'économiser du papier.

Igor a dit…

Ah oui, pardonnez-moi, je lis beaucoup ce genre de chose avec l'oreille, et cela a tendance à donner des espaces résonants. Vous seriez sans doute effaré du plafond de cathédrale où je vais traîner comme un idiot ne serait-ce qu'entre "Je" et "ne". Quant à "le lecteur", je vous assure ne rien croire à son sujet. C'est une connaissance à vous?

Didier da Silva a dit…

Mon dieu, en me pointant comme une fleur avec ma théorie à deux yens je ne pensais pas offrir matière à polémique. Cher Jean-Claude, n'auriez-vous pas la mauvaise foi (qui fait pendant à la mienne, certes) de confondre suspens et suspense, au sens hitch-coquin du terme ? Du reste, la prose elle-même ne se prive pas de ménager des décrochages : je ne suis pas ennemi du saut à la ligne, tout de même, il faut savoir raison garder (ou s'appeler Thomas Bernhard).

Igor, je t'aime
(je n'ai
rien de plus
sérieux à dire)

Legros JC a dit…

Il est vrai, pardonnez-moi, que j'ai sauté la lecture du "e". Il est muet, cependant. Il ne peut donc dire grand-chose, sinon modifier le sens. Je me mords les doigts.