vendredi 6 février 2015

La vie en pente






“Un homme tremble. S’il mendiait, on lui donnerait de l’argent ; s’il pleurait, on le consolerait. Mais l’homme tremble d’angoisse et d’honnêteté, ce serait mentir que se porter à son secours.” 

Ce que sa quatrième de couverture ne dit pas en citant ces lignes du dernier livre de Mathieu Lindon, Les hommes tremblent, c’est qu’elles forment à elles seules, début milieu fin, le roman du moins le prétend, un conte populaire lituanien (vite, un recueil de ces contes, s’ils sont tous de la même eau). “C’est ça, le conte”, dit le héros, Martin, avant de le dire. Son père, a-t-il pris soin de préciser, le lui racontait quans il était petit. Martin est un clochard qui squatte un hall d’immeuble, et il tremble. Il fait pitié. “C’est sa stratégie : jouer à fond l’être humain”, peut-on lire p. 77, et cette phrase qui n’a l’air de rien est à pleurer, quand on y pense. 

Il a neigé hier pendant dix minutes, trois fois rien. J’ai vissé sur ma tête mon bonnet à pompon pour sortir dans la rue, j’aurais juré sentir les flocons se poser sur la laine, j’étais la laine de mon bonnet accusant leur poids infime, glace et fibres — les nerfs enfoncent toutes les balances, il n'y a pas de réglage plus fin. “Ça ne tiendra pas”, a eu le temps de prophétiser le patron du café du coin, sûr de son coup. 

J’ai aussi passé une heure désespérante à comparer en ligne des modèles de lave-linge, à me perdre dans la Babel des commentaires clients. J’aimerais citer Sylvain, un Nantais de 25-34 ans, auteur de ce bref apologue : “C’est un lave-linge. Ça lave le linge quoi. Par contre, à essorage moyen/haut, la machine se déplace toute seule, malgré les patins. La non-platitude du sol en est peut-être la cause.” 

Les sols non-plats auront notre peau.


5 commentaires:

Legros JC a dit…

Ne jamais choisir une température supérieure à 40°C: ça ne sert à rien.
Ne jamais remplir le tambour à fond: rester au 3/4.
Ne jamais mettre du savon en poudre dans le petit bac ad hoc: mettre du savon liquide directement "au coeur du linge".
N'utiliser qu'un tiers de la dose de savon recommandée. Ajouter deux cuillers à soupe de bicarbonate de soude. Pour garder la souplesse au linge, ajouter 3 balles de golf (dans un sachet de toile fermé). Mais ça fait du bruit. Ne jamais essorer à plus de 1200 tours/minute.
Le linge très sale sera mis à tremper au préalable dans le bac de douche ou la baignoire.
Le bonnet à pompon se contentera de l'évier ou, par paresse, du programme "laine" à 30°C.
On mettra le tout à sécher sur un tancarville, devant la fenêtre ouverte, s'il ne pleut pas ou à côté (mais pas trop près) d'un radiateur (allumé). Le cas échéant, si besoin est, on ajoutera deux-trois cuillers à soupe d'amidon dans la lessive. Ne jamais employer d'adoucissant. Se foutre un peu du mélange des couleurs (sauf pour les vêtements d'origine très orientales et ceux du dimanche). Pas de quoi!

Didier da Silva a dit…

Euh je… c'est… comment… que… mais... très bien. Je note.

Ambre a dit…

Un Nantais de 25-34 ans (0_0)? Ça fait une "pente" conséquente neuf années d'écart;-)
(J'ai aussi étrenné un bonnet de laine (sans pompon mais ma tête avec c'est l' pompon, snif!) tout neuf hier pour aller jouer au golf; je pourrais vous expédier des balles pour votre lave-linge si vous voulez. Hum!).
"Jouer à fond l'être humain" : pétrifiant.

Tororo a dit…

Il n'y a pas de raison de désespérer des lave-linges. Leurs ambitions sont certes modestes, mais à leur portée: ils lavent le linge, ils sont assez autonomes pour satisfaire tout seuls leurs timides velléités de déplacement, ils n'oublient pas de mettre les patins, ils ne se soucient pas des platitudes et même des non-platitudes, pouvons-nous tous en dire autant?

Tororo a dit…

P-S: la photo est rudement jolie.