mardi 9 juin 2015

Pause durassienne




(Chanson, toi qui ne veux rien dire… Ça tombe bien : moi non plus.)


[mise à jour du mercredi 10 juin] …mais ce n’est heureusement pas le cas de mes lecteurs ; l’un deux m’envoie ce matin ce souvenir congolais et durassien en diable, remonté sous l’effet de la chanson indienne de Carlos d’Alessio : 

Je vivais alors "au cœur des ténèbres"... Un de mes amis, pianiste émérite (disait-il, on n'a jamais pu le vérifier comme vous allez voir), rêva d'y faire venir son piano qui arriva, dans un état sans doute convenable, au port de Matadi où il attendit un certain temps un modeste bateau, vieux et rouillé, qui devait le conduire jusqu'à la ville de Kisangani. Pendant cette dernière étape, l'instrument subit l'humidité, la chaleur intense, le roulis sur un fleuve traversé de rapides. Après une quinzaine de jours, le piano fut enfin livré à destination, dans un port dévasté par plusieurs guerres civiles, c'est-à-dire qu'on l'abandonna sur la rive même du fleuve. Après quoi, il fallut attendre les autorisations administratives pour le transport jusqu'au domicile du pianiste. Elles durèrent. Le piano subit toutes les avaries du climat, tous les orages du soir. Peu à peu, les pieds s'enfoncèrent dans la vase, l'instrument devint perchoir pour les singes, les perroquets et autres toucans, refuge pour les serpents. Le pianiste renonça à son rêve. Pendant plusieurs mois, je pus voir, en me promenant le soir sur les bords du fleuve, la forme échouée dans son emballage déchiqueté par les oiseaux ou dépecé par les chimpanzés. Cette vision m'est restée longtemps.... C'était en 1972. 

Piano et naufrage entretiennent du reste des liens privilégiés et mystérieux, depuis qu’il y a des bateaux et des pianistes. Une rapide recherche iconographique le confirme. Quant au mot-clé cercueil flottant, par métonymie poétique, il donne en un éclair 165 000 résultats.








2 commentaires:

Legros JC a dit…

Au jeu des 7 erreurs:
- il n'y a plus de chapeau sur la table
- ni non plus de tableau au mur
- il manque une plante
- le t-shirt a changé
- le nombre de partitions
- le titre du morceau joué
- l'assurance du pianiste (subjectif)

X a dit…

Je viens de relire "Le Vice-Consul", dernière page tournée hier ou avant-hier, et savez-vous, ce matin, vous me tirez des larmes, on pleure beaucoup chez Duras, et votre interprétation est superbe, et la sonorité de votre piano me fait retrouver celle du mien dans une enfance dont il ne reste presque que cela... Merci, merci!