dimanche 3 janvier 2016

127e légende


"Née à Domrémy (Lorraine) vers 1412, Jeanne d’Arc (entendre d’Arche, ses ancêtres ayant dû vivre près d’un pont ; rien de noble dans cette particule, donc, ce n’est au fond qu’une Jeanne Dupont) était la fille d’un laboureur et si elle gardait occasionnellement des moutons, elle n’était pas vraiment une bergère, comme le voudra la légende, elle s’occupait surtout du ménage à la maison et de filer le coton. Elle est très pieuse, elle l’est même tellement qu’au village les jeunes de son âge se moquent d’elle, lâche-nous la grappe avec ton missel. Elle a aussi de l’énergie à revendre, et la langue bien pendue. Alors qu’elle a seize ans, deux saintes et un archange lui parlent, dit-elle. C’était un temps où Dieu s’occupait encore de politique, et même ne cachait pas un faible pour la France. Sa mission ? Bouter hors les Anglais, c’est-à-dire les repousser sur leur caillou et qu’ils y restent, merci bien, d’autant qu’à l’époque ils prennent leurs aises, se partageant Paris avec les Bourguignons, ainsi que conduire le dauphin (futur Charles VII) sur le trône, que se disputent deux duchés rivaux faute d’un roi qui ait toute sa tête (Charles VI dit le Fol, papa démissionnaire du précédent). Or, en sus de cette quasi guerre civile, la Guerre de Cent Ans s’éternise et le soldat français est démoralisé. Il n’attendait qu’une demoiselle chaude comme la braise, la coupe au bol et la nuque rase jusqu’aux oreilles pour le galvaniser. Avec la Pucelle à leur tête, rien n’arrête nos vaillants guerriers, et le siège d’Orléans est levé. Le 17 juillet 1429, Charles est sacré roi à Reims, Jeannette rayonne, il a vingt-six ans. Las, capturée par les Bourguignons au mois de mai suivant tandis que, chef de guerre free-lance, car Charles est mol, elle cherche à libérer Compiègne, Jeanne est vendue aux Anglais pour une somme rondelette, et son procès pour hérésie commence. Sur la foi d’une fausse promesse, elle accepte d’abord d’abjurer ses erreurs, puis comprenant qu’on l’a bernée elle persiste et signe, c’est bien Dieu qui arma mon bras. On la condamne donc au bûcher (vingt-cinq ans plus tard — les lenteurs, déjà, de l’administration —, le pape Calixte III la fera réhabiliter). Craignant que ses reliques ne soient l’objet d’un culte, le cardinal de Winchester ordonne qu’on la brûle trois fois de suite. Le 30 mai 1431, la première flambée la tue par intoxication au monoxyde de carbone, la deuxième fait exploser sa boîte crânienne sur le public, la troisième a raison du cœur et des entrailles, organes humides. Le peu qui reste est jeté dans la Seine, Jeanne avait dix-neuf ans. La légende n’a cessé depuis de souffler sur ses cendres et lui a prêté mille visages, sans craindre les grands écarts, de Shakespeare à Nathalie Quintane et même de Bresson à Besson."

1 commentaire:

X a dit…

Vous savez, rien d'étonnant car les Anglais, eux, n'ont pas oublié la douceur de l'Aquitaine, ils reviennent en masse, ils peuplent des villages entiers, les occitanisants n'ont plus qu'à aller se rhabiller pendant que les malheureuses caissières de supermarché rameutent leurs quelques souvenirs d'un anglais de collège.... Cependant, si la Jeanne de fiction a ses lettres de noblesse, ici, elle n'est plus au programme, même pas dans celui des Frontistes locaux (de 20 à 40 % quand même), les cendres de la pucelle sont bien retombées et Messieurs les Anglais ont droit à leur page en anglais dans La Nouvelle Abeille, Le Nouvelliste ou le bulletin municipal.... La guerre est finie.