mardi 19 septembre 2017

Rêveries calendaires #12 et #13




Dessin de Mœbius.



Le calendrier révolutionnaire dont nous avons déjà parlé comportant douze mois de trente jours, il manquait cinq jours pour faire une année, un sixième quand elle est bissextile ; on inventa donc les jours complémentaires (dans un premier temps nommés sans-culottides, mais quelqu’un dut s’apercevoir que trop d’innovation tuait l’innovation) auxquels Fabre n’attacha pas des fruits ou des plantes mais des idées et des notions, jour du travail, de la vertu, jour des récompenses ou de l’opinion, jour de la révolution (le plus rare, tous les quatre ans), plaçant en deuxième position le jour du génie, qui tombait la plupart du temps le 18 septembre. Un tel jour meurt Jimi Hendrix, c’est donc le jour du génie mort (dans son vomi). Les fièvres tombent. Le dicton veut que du froid ce jour-là annonce la neige.






Des pèlerins de la Salette communiant dans le mépris de la ligne droite.


Le 19 septembre est un bon jour pour apparaître subitement en altitude, alors qu’on n’avait plus de vos nouvelles depuis des lustres : ainsi la Sainte Vierge dans une vive lumière à deux jeunes bergers de l’Isère, Maximin onze ans et Mélanie quinze, vers trois heures de l’après-midi, en 1846, sur la montagne de la Salette, ainsi la momie jaunâtre et cireuse d’un quadragénaire (dit Ötzi) à deux randonneurs nurembourgeois, en 1991, dans les montagnes du Tyrol où il était mort cinq mille ans plus tôt. Glabre mais barbu, tatoué, intolérant au lactose, ayant eu pour dernier repas du bouquetin et des céréales, le proto-hipster du Chalcolithique décongelé par un été trop chaud est d’une réalité plus certaine (son corps de vingt-et-un kilos est exposé dans une chambre froide à Bolzano, des copies circulent) que la maman du Christ en larmes venant avertir des gamins incultes qu’elle ne retiendra pas longtemps la colère de son fils (des copies circulent), tous deux néanmoins reprendraient sans doute à leur compte cette phrase d’Italo Calvino — mort un 19 septembre — dans Temps Zéro : « Je pourrais donc définir comme temps et non comme espace ce vide qu’il m’a semblé reconnaître en le traversant. »



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