mardi 18 août 2009
Stance
[...] Au dehors, silence. La vieille forêt
où dorment les écureuils et les piverts
rappelle ces beaux dessins qui ornent
quelque botanique d’une autre époque
donnée en prix à des personnes mortes. […]
Francis Jammes, De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir
lundi 17 août 2009
Un seul but
[…] Robert Walser, quant à lui, nous frappe, tout d’abord, par sa négligence tout à fait inhabituelle et difficilement descriptible. En examinant ses écrits, la dernière chose que l’on découvre est l’importance, chez lui, de la futilité, la persévérance que dissimule son étourderie. Il n’est pas facile d'en faire l’analyse. Car, habitués à trouver les énigmes du style dans des oeuvres d’art plus ou moins élaborées et mûrement méditées, nous sommes ici, au contraire, confrontés à une dépravation de la langue au moins apparemment involontaire, mais qui est pourtant attirante et fascinante ; à un laisser-aller présentant tantôt les traits de la grâce, tantôt ceux de l’amertume. Apparemment involontaire, venons-nous de dire. On s’est parfois demandé si c’est réellement le cas. Mais c’est là une querelle inutile ; on s’en rend compte lorsqu’on pense à l’aveu de Walser disant qu’il n’a jamais corrigé une ligne de ses écrits. Certes, rien n’oblige à le croire, mais on y a tout intérêt. On se contentera alors de penser qu’écrire et ne jamais se corriger est la parfaite interpénétration d’une absence totale d’intention et de la plus haute préméditation. Fort bien. Mais cela n’empêchera certainement personne d’analyser cette négligence stylistique. Nous l’avons déjà dit : elle a toutes les formes imaginables. Nous pouvons ajouter : à l’exception d’une seule, à savoir celle, la plus courante, qui ne s’intéresse qu’au contenu, et à rien d’autre. Pour Walser, la forme du travail est si peu secondaire que tout ce qu’il a à dire est totalement éclipsé par l’importance de l’acte d’écrire lui-même. On dirait presque que cela est balayé dans l’acte d’écrire. Cela demande explication. A y réfléchir, on rencontre quelque chose de très suisse chez cet écrivain : la pudeur. On raconte l’histoire suivante à propos d’Arnold Böcklin, de son fils Carlo, et de Gottfried Keller : un jour, ils étaient, comme souvent, au cabaret. Leur table d’habitués était depuis longtemps célèbre en raison du caractère taciturne et renfermé des buveurs. Cette fois encore, la tablée restait silencieuse. C’est alors, au bout d’un long moment, que le jeune Böcklin fit remarquer : “Fait chaud” ; un quart d’heure plus tard, le vieux renchérit : “Pas un souffle.” Keller, de son côté, attendit un moment, puis se leva en disant “Je ne boirai pas avec des bavards.” La pudeur paysanne à l’égard du langage, ici poussée jusqu’à l’excentricité, c’est tout Walser. Dès qu’il prend la plume, c’est l’état d’esprit du desperado qui s’empare de lui. Tout lui paraît désespéré, un flot de paroles se déverse, chaque phrase n’ayant qu’un seul but : faire oublier la précédente […]
Walter Benjamin, Robert Walser (1929)
dimanche 16 août 2009
La septième
« De cette période, j'ai retenu plusieurs choses, sept entre autres. La première, c'est que, dans les tilleuls de la place Royale, il existe un insecte très élégant, aux élytres coriaces et grenus, aux longues antennes de biche et que l'on nomme à tort cigale. La deuxième, c'est que, dans le mystère des parcs, les enfants ramassent une gousse appelée par eux crème et dont ils se barbouillent les babines. La troisième, c'est qu'un grand lycéen, bête comme à son âge, peut étirer entre son pouce et l'index la peau qui recouvre sa pomme d'Adam tout en me lançant avec mépris ces trois mots : "De la gomme !" La quatrième, c'est que le mélancolique roulement des tambours, dans la paix d'or des soirées, s'appelle la retraite. La cinquième, c'est que l'on tue avec une fronde un oiseau juché sur un toit comme l'était le passereau du roi David. La sixième, c'est que l'on est heureux d'écouter couler la fontaine de Trespoëy sous les feuilles de l'été, de boire de son eau précieuse. Et la septième, c'est que l'on souffre souvent sans savoir le dire. »
Francis Jammes, Mémoires
samedi 15 août 2009
Errant dans l'eau des yeux
Je trouve un grand charme aux phrases de Pierre Parlant (lisez Pas de deux, c’est une petite merveille). J’ai découvert ce matin Régime de Jacopo, un très mince livre paru en mars aux éditions Contre-Pied, en fait un extrait d’un “ouvrage en cours d’écriture” intitulé Ma durée Pontormo et inspiré par le journal du peintre. De Rancé à Ravel, le genre éminemment mélancolique de la “vie” me passionne, dans ce qu’il a de précipité. Il me semble que Parlant promet de le renouveler joliment. J’ai tiré de cette petite vingtaine de pages sans début ni fin où l’auteur avec son héros “rêva d’une surface sans bord” (ce sont les derniers mots du fragment) quelques lignes qui me semblent donner déjà une idée de l’art de Parlant, et du parti musical qu’il tire, entre autres finesses de rythme, de l’accent suspensif du point-virgule, perpétuelle attacca, liaison ou rupture selon ― art radical et classique, ambigu comme la mémoire et puisamment évocateur comme elle :
le jour suivant rendit le bouquet froid en compensant sa trace timide avec un rose étroit mais soutenu ; depuis une semaine une suite de taches au plafond l’intriguait (de la suie détrempée contre l’envie de peindre) ; une fois dehors il marchait vite ; une durée nouvelle creusait localement des places, des rues ; c’est alors qu’il se fit construire une maisonnette ; sang détaché ; mardi, écrivit-il dans son journal, il y avait eu un orage terrible ; il copia deux citations tandis qu’une autre lui échappait irrémédiablement ; vaisseau de gris violet ; souple et liquide ; il y entrerait par une fenêtre ; un pur reflet ; [...] ; il nota l’insistance d’une ombre sur le talus, une dominante passée par infusion ; ou une perdix ; zigzag constant de sa pensée ; du jaune fouetté plus pâle ; terre brûlée ; épais sirop de la soirée ; [...] ; il décrocha sa veste ; il observait ses selles ; poussa un sac de chaux ; la boutonna ; la qualité du temps autour des choses l’étourdissait souvent ; il planta quelques clous dans une petite galette qu’il avait pourtant mise de côté pour le repas du soir ; avoir une âme, pensa-t-il ; grésillement ; leva un blanc douteux ; un autre blanc opaque ; rose surfait quant au détail ; il redoutait la teinte de la bile [...] ; perdit pas mal de temps à mélanger les choses ; ce vert, sans doute l’avait-il trouvé par écrasement fortuit d’une plante sur le support ; il le garda ; mortier bâtard dans l’auge ; [...] ;
la robe se froissa ; malgré les années, il s’étonnait encore de la teneur variable des journées ; le blanc cassé ; cresson gelé dans la bassine ; il imaginait sans effort la solitude de tout le monde, posait tous les soirs son habit sur la chaise ; coïncidence dans le couloir ; dès novembre il y régnait un froid de loup ; [...] ; il lui fallait une bouteille, dit-il, immédiatement, quelque chose de noble, rouge ponceau ; il marchait vite ; l’ajustement civil des représentations l’irritait tout comme le gênaient les filaments minuscules errant dans l’eau des yeux quand il fixait le ciel ; c’était un nom facile à retenir ; il marchait vite ;
vendredi 14 août 2009
Pourquoi nous extasier
"J'ai
débarqué sur cette terre le 2 décembre 1868, à quatre heures du matin. Nul
homme abordant sur un nouveau Latium n'avait traversé un tel océan : ni Énée,
dont Virgile décrit les péripéties ; ni Gama, dont l'audace, s'il faut l'en
croire, faisait trembler la plaine sous-marine ; ni Colomb, dont les matelots
craignaient que le désert liquide ne fût à la fin une cataracte sombrant dans
l'infini. Pourquoi nous extasier sur un voyage polaire ou tropical, accompli
par des explorateurs qui ont traversé quelques degrés, et qu'est-ce de boucler
l'Alaska ou même les Indes Occidentales à l'aide de kayaks ou de caravelles
lorsque, sur un berceau, nous franchissons le néant ?
"
Francis Jammes, Mémoires, incipit
dimanche 9 août 2009
Or rien n’est plus charmant
[Marcel Proust à Madame Straus, fin mai 1911]
« Je suis très malheureux de ne pas vous voir et deux ou trois autres personnes. Mais sans cela les gens me plaignent de choses qui ne sont pas si tristes et dont la plus cruelle leur semble d’être obligé de rester sans les voir. Or rien n’est plus charmant. D’autant plus que ceux que j’ai entr’aperçus le soir où je suis sorti pour aller à Saint-Sébastien m’ont paru très empirés. Les plus gentils ont versé dans l’intelligence et hélas pour les gens du monde l’intelligence, je ne sais pas comment ils font, n’est qu’un multiplicateur de la bêtise, qui l’amène à une puissance, à un éclat inconnus. Les seuls possibles sont ceux qui ont eu l’esprit de rester bêtes. »
samedi 8 août 2009
Tout-Impuissant
Entendu un joli mot bête. Une sœur de [...], très pieuse, va consoler Madame [...] de la mort de ses deux fils, et lui parle de Dieu : «Non, dit la dame, je n’y crois plus. Si Dieu existait, il aurait empêché cette guerre.» «Mais ma chère, répond la sœur de [...] (et il faut imaginer le sérieux de ses grands yeux), écoutez, il n’a peut-être pas pu.»
Marcel Proust à Lucien Daudet, le dimanche 8 août 1915
vendredi 7 août 2009
La litanie de vos chevilles
[À un ami réchappé d’un accident d’automobile :]
« En ce moment je ne peux quitter mon lit, j’espère aller vous voir bientôt. C’est toujours délicieux de vous voir, mais maintenant c’est plus doux encore et chacun de vos membres miraculeusement protégés, vos belles mains si douces qui parfois quand j’émets un doute sur votre amitié cherchent les miennes dans un mouvement d’éloquence persuasive, votre corps tout entier dont la démarche, interrompue aujourd’hui, mais non modifiée, est la seule que je connaisse entièrement dépouillée d’habitudes conventionnelles, rapide au-devant de ce qu’elle désire ou dont elle se sait désirée, et vos yeux surtout au bas desquels il fait si vite si sombre si une tristesse a passé dans votre cœur, mais au fond desquels se déchirent et s’azurent, dans une instantanéité lumineuse, de si magnifiques éclaircies, tout votre corps maintenant je voudrais venir le voir et le toucher pour avoir trop oublié qu’il est la condition indispensable de toute cette spontanéité spirituelle qui est vous et que nous aimons et pour laquelle nous devons adorer l’intégrité de ce symbole de vous-même, de ce corps où habite votre esprit, de ces mains où comme dans un métal unique et bon conducteur, court votre étreinte. Alors on remercie les forces physiologiques obscures qui ont résisté au choc, les bons génies cachés dans les profondeurs des muscles et des nerfs qui vous ont gardé à nous. Il me semble que c’est votre esprit et votre cœur que j’ai trop exclusivement aimés jusqu’à aujourd’hui et maintenant je goûterais une joie pure et exaltante, comme le chrétien qui mange le pain et boit le vin et chante venite adoremus, à dire près de vous la litanie de vos chevilles et les louanges de vos poignets. Hélas on a été si cruel et toujours si incompréhensif pour moi, que ce sont des choses que j’oserais à peine dire, à cause des travestissements et des équivoques qui naîtraient dans d’autres pensées. Mais vous qui me connaissez et touchez avec l’intelligence infaillible la réalité palpable de ce que je suis, vous comprenez tout ce qu’a de purement moral et de saintement paternel ce que je vous dis. »
Marcel Proust à Georges de Lauris Versailles,
le mercredi 7 octobre 1908
samedi 1 août 2009
vendredi 31 juillet 2009
Soit mon ombre et la voie lactée
Bref l’univers contient des centaines de milliards de galaxies, lesquelles comprennent chacune à la louche des centaines de millions d’étoiles, et nous serions les seuls à avoir découvert le tungstène, la rustine, le tiramisu ? Ça ne tient pas debout, pas plus certes, reconnaissons-le, que cet univers beaucoup trop grand pour ce qu’on en fait, et inchauffable, nous serions soudain transportés à des millions d’années-lumière de notre point de départ que nous nous sentirions soudain bien seuls et peu, oui madame, peu de choses. Mais une telle chose n’arrivera pas, aucun sorcier, aucune technique, aucune malchance n’est assez balèze pour accomplir ce douteux prodige, dormons tranquilles, ces espaces inviolés sont inviolables, pas par un terrien en tout cas, fichus terriens, faits comme des rats, à peine capables de songer sérieusement aller sur Mars, autant dire Ajaccio quand on est à Bastia toutes proportions gardées, autant dire rien, un moustique contre une vitre, et la nuit noire dehors, et l’hiver, jusqu’au début des temps comme à la fin ― je ne dis pas ça pour jouer les tristes, ce n’est que la stricte vérité vraie, comme disaient les gens du temps que les gens le disaient, avant de mourir comme des chiens, comme des tiques, des grains de sable tenus à bout de bras, des boutons de culotte observés à une distance de vingt-cinq mètres, et de rester là où ils ont pourri, sur le pas de leur porte, puis de disparaître.
Et je ne parle pas de toutes ces eaux chaudes et claires où je n’écarte pas les orteils.
Or, même un peu sale, trouble et polluée d’algues, face à une plage jonchée de mégots, la petite bande de mer où j’ai fait trois brasses hier soir suffisait pour faire un monde aimable et me fournir une petite joie qui s’est éteinte en douceur, avec le soleil, lequel après tout a encore, dans sa banlieue, de beaux jours devant lui ; soit mon ombre et la voie lactée, entre les deux mon cœur s’égare.
jeudi 23 juillet 2009
Vibrations
Le chant des pluviers
Etsuko Chida, voix et koto
"Nous
voyons ainsi qu’en vertu de la théorie des cordes les propriétés de chaque
particule élémentaire résultent du mode de résonance particulier de sa corde
interne. Ce point de vue diffère radicalement de celui qu’avaient adopté les
physiciens avant la découverte de la théorie des cordes : à l’époque, les
différences entre les particules élémentaires étaient interprétées comme
résultant du fait que chaque type de particule était un “brin d’un matériau
différent”. Les particules étaient élémentaires et on pensait que chacune était
constituée d’une “étoffe” différente. L’”étoffe” de l’électron, par exemple,
avait une charge électrique négative, tandis que celle du neutrino n’en avait
pas. La théorie des cordes remanie complètement cette interprétation,
puisqu’elle déclare identique l’”étoffe” de toute la matière et de toutes les forces. Chaque particule élémentaire se compose
d’une seule corde, c’est-à-dire que chaque particule est une corde, et toutes les cordes sont
rigoureusement identiques. La différence entre les particules provient des
différents modes de vibration de leurs cordes respectives. Les différentes
particules élémentaires sont en fait les différentes “notes” d’une corde
fondamentale. L’Univers, composé d’une quantité immense de ces cordes
vibrantes, est une symphonie cosmique.
"
Brian Greene, L’Univers élégant, 2000
(Folio Essais, p. 237-238)
mercredi 8 juillet 2009
Mort bientôt
Mort bientôt c’est-à-dire, comme si je n’avais jamais été là, tout continuant sans moi aussi facilement qu’avec. Je me vois ne pas être avec une acuité peu commune. Ces visions m’investissent brusquement, aucun terrain émotionnel n’y est particulièrement favorable, ni un grand bonheur que je répugnerais soudain à perdre, ni un grand malheur qui me ferait voir tout en noir. Je puis être simplement dans la rue en train de marcher, un peu las, des provisions à bout de bras, ou regardant le film du dimanche soir ― réitérations molles d’événements sans traits saillants, ces moments vécus en masse sont même d’excellentes occasions de sentir battre son cœur plus fort à l’idée que sous peu... Attention, je ne médis pas de la banalité. Je ne pleure pas la perte d’un temps précieux et menacé quand, vaquant à des riens, m’étreint le sentiment de ma prochaine, irrévocable absence, la pensée de la mort ne me sert pas à fustiger la vacuité de mon emploi du temps ; ce seraient plutôt, au contraire, l’exquise insouciance et la belle confiance qu’il faut pour écraser, dans le calme pépère d’un éternel présent, des pommes de terre, ou vider un sèche-linge, tandis que le néant peut me happer à tout instant, qui subitement me feraient défaut, entraînant avec elles, dans un mouvement panique, l’ordinaire douceur de l’ordinaire.
Car il n’y a peut-être pas de plus grand bonheur que celui qui vous fait, par exemple, peler calmement deux courgettes, solidement campé sur vos jambes, sur les coups de dix heures et demie ; pas de hâte alors dans l’usage de l’économe, les épluchures s’amoncellent sur le plan de travail et la lumière dans sa jeunesse les fait briller, et on trouve ça joli. Et le secret de votre bonne humeur tient dans ces mots, leur certitude à tout prendre solaire, dyonisiaque, triomphale : il y aura de la ratatouille à midi.
dimanche 5 juillet 2009
Une teinte grise
« Je crains de ne pouvoir exprimer les singulières sensations d’un voyage à travers le Temps. Elles sont excessivement déplaisantes. On éprouve exactement la même chose que sur les montagnes russes, dans les foires : un irrésistible élan, tête baissée ! J’éprouvais aussi l’horrible pressentiment d’un écrasement inévitable et imminent. Pendant cette course, la nuit suivait le jour comme le battement d’une grande aile noire. L’obscure perception du laboratoire disparut bientôt et je vis le soleil sauter précipitamment à travers le ciel, bondissant à chaque minute, et chaque minute marquant un jour. Je pensai que le laboratoire avait dû être détruit et que j’étais maintenant en plein air. J’eus la vague impression d’escalader des échafaudages, mais j’allais déjà beaucoup trop vite pour avoir conscience des mouvements qui m’entouraient. L’escargot le plus lent qui rampa jamais bondissait trop vite pour que je le visse. La scintillante succession de la clarté et des ténèbres était extrêmement pénible à l’œil. Puis, dans les ténèbres intermittentes, je voyais la lune parcourir rapidement ses phases et j’entrevoyais faiblement les révolutions des étoiles. Bientôt, tandis que j’avançais avec une vélocité croissante, la palpitation du jour et de la nuit se fondit en une teinte grise continue. Le ciel revêtit une admirable profondeur bleue, une splendide nuance lumineuse comme celle des premières lueurs du crépuscule ; le soleil bondissant devint une traînée de feu, un arc lumineux dans l’espace ; la lune, une bande ondoyante et plus faible, et je ne voyais plus rien des étoiles, sinon de temps en temps un cercle brillant qui tremblotait. »
Herbert George Wells, Time machine
vendredi 19 juin 2009
Le dérangement
« Ma petite Louisa, je mène une vie fantastique. Je ne sors plus jamais, je me lève vers onze heures du soir quand je me lève ; ce qui me console que vous ne soyez pas à Paris c’est que si vous y étiez je ne vous verrais jamais ; toujours à la merci d’une crise imprévue, je n’ose plus donner aucun rendez-vous. Enfin une vie charmante. Mais je travaille [...] Je crois bien que depuis votre départ je suis sorti une fois. Et encore parce que la duchesse de Gramont est morte et que j’ai voulu tâcher d’aller à son enterrement. J’ai eu bien du chagrin de cette mort. Tout ce que je peux répondre aux gens qui me demandent de sortir pour aller les voir c’est que je tâcherai d’aller à leur enterrement. Ainsi ils préfèrent que je sorte le plus tard possible et en fait d’enterrement préfèrent encore que ce soit eux qui aient le dérangement d’aller au mien. »
Marcel Proust à Louisa de Mornand,
le samedi 5 août 1905
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