mercredi 18 mars 2015

Making of





J’ai écrit Louange et épuisement entre la mi-avril et la fin mai 2014 [1], avec une très nette accélération – on peut même dire un grand galop – dans les quinze derniers jours (le 13 mai, le texte a 38 000 caractères ; le 30, jour de son achèvement, 96 000). Il faisait un temps magnifique et j’étais dans une merde noire, à racler le fond des fonds de poche. Mystère de l’inspiration : plus l’angoisse du lendemain me serrait à la gorge, plus je m’amusais à travailler sur mon éloge. Je me réveillais de cauchemars usuriers pour plonger dans la jubilation de l’écriture et ma page faite (le soleil alors se mettait à briller) j’avais la conscience assez tranquille pour me ronger les sangs toute la journée. Le bonheur, en somme, pour un cyclothymique. Je me souviens qu’en même temps je découvrais les livres de David Foster Wallace (histoire de continuer à m’amuser un peu) et que son usage délirant des notes de bas de page m’encourageait à en abuser moi-même toute honte bue : j’exagérais toujours moins que lui. Constamment tiède, le DVD d’Un jour sans fin résistait vaillamment à tous les ralentis, les retours en arrière, les arrêts sur image, les basculements de la VO à la VF pour vérifier tel écart de langage. Il refroidit placidement depuis, mais il n’est pas à l’abri d’un nouveau tour de chauffe (de ce point de vue, c’est un échec : je n’ai pas épuisé mon amour de ce film, je le reverrais volontiers à l’occasion, mon mal est incurable). 

[1] J'en ai cependant trouvé la première phrase (“Au commencement il y a des nuages”) bien plus tôt, le vendredi 21 mars autour de midi, au cours d’une promenade dans le sud de Paris (après une averse de grêle, en observant une éclaircie). À trois jours près, il s’est donc écoulé un an entre la toute première idée du livre et sa parution aujourd’hui (et comme je serai à Paris samedi, je suis en mesure de refaire cette promenade et de boucler la boucle ; mais on annonce de la pluie). 



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