mercredi 11 juillet 2018

Rêverie calendaire #308







Naître en Finlande et mourir au Yémen, à 31 ans, au milieu du XVIIIe siècle, ce n’est pas donné à tout le monde. 

Pehr Forsskål était l’une des fiertés de la fac d’Uppsala ; docteur en théologie à 19 ans, il se tourna vers les langues orientales et les sciences naturelles, s’attira l’amitié du célèbre Linné, roi des naturalistes ; las, comme il complétait son bagage par de l’économie, sa dissertation sur cette matière, qui prônait, en latin, la liberté de la presse, lui valut les gros yeux du roi et le bannissement de la Suède, dont la Finlande, en 1759, n’était qu’une province. 

Il fallait rebondir. Linné le rencarda sur une expédition danoise, vantant auprès de son chef, le mathématicien Carsten Niebuhr, l’absolue précision des descriptions de son protégé pour tout ce qui touchait la faune et la flore, il ne ferait pas mieux lui-même. Adieu les forêts boréales, Forsskål fit voile vers l’Arabie. 

Jusqu’à sa mort de la malaria, le 11 juillet 1763, à Yarim, à l’ombre du mont Sumarah, il reconnut de nombreuses espèces et fit des collections superbes, pourvues de déterminations, en latin toujours, claires comme l’eau des fjords. Ce ne fut pas de la tarte pour Niebuhr, seul survivant de la mission, de les rapatrier dans son pays ; mais il tenait à ce que Pehr ne soit pas mort en vain. 

Il le serait pourtant. Les collections, remisées dans les caves infestées par les rats de l'université de Copenhague, y pourrirent tranquillement pendant un demi-siècle. Un curieux tenta alors d’ouvrir le grand herbier constitué par Pehr dans la Basse-Égypte ; il s’émietta entre ses mains. Il avait pu voir cependant qu’il n’apportait rien qu’on ne sût déjà, depuis le temps. 



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