lundi 22 septembre 2014

Reconnus


“À huit ans, sur la scène de l’Opéra, j’ai serré la main du Préfet qui m’a remis le prix d’excellence des écoles. Récemment j’ai serré la main du Préfet qui m’a remis une assiette de petits-fours. Quand on part de trop haut, la vie n’est qu’une lente dégringolade.” 

Guy Robert publie ces jours-ci chez l’Arbre vengeur Reconnus, son “premier livre ou presque”, qui est une sorte d’autobiographie minimale, et pince-sans-rire, se dessinant peu à peu mais très vite, car l’ouvrage est bref, à travers l’évocation des “gens connus” qu’il a pu croiser dans sa vie (il est né en 1956). Gens connus au sens large, de Paul Préboist à Leonid Brejnev en passant par Louis Aragon et sa grand-tante, je veux dire la grand-tante de Guy Robert, qui fut, nous apprend non sans fierté son petit-neveu, la maîtresse d’Yves Montand, mais à l’école maternelle de la Cabucelle, où le chanteur-acteur "la ramenait moins". Corniche, soupe de poissons, quelques autres détails vendent la mèche, Guy Robert (qui ne la ramène pas) est un gars de Marseille — je lui y ai moi-même serré la main, au siècle dernier comme pas plus tard que cet hiver, sous l’œil d’ailleurs d’Éric Chevillard qui, décidément le monde est petit, signe la préface de Reconnus, quand il n’apparaît pas himself dans le corps du texte, entre les Rolling Stones et Raymond Barre. Passe également en coup de vent le fantôme de Georges Perec : Je me souviens n’est pas bien loin. Malgré son découpage rythmé et son ton lapidaire, le livre résiste à la citation, ses meilleures blagues se préparent en deux ou trois coups, sa forme fragmentaire a de la suite dans les idées. Cependant : 

“À coup sûr, ce yorkshire ignore tout de la carrière et ne pourrait citer une seule chanson de Nicoletta dans les bras de qui il se pavane devant le centre de thalassothérapie. La chanteuse n’est visiblement pas affectée par ce déficit de notoriété. C’est à leur modestie qu’on reconnaît les grands artistes.”



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