jeudi 8 janvier 2015

Ça tire




Je n’étais pas descendu dans la rue depuis longtemps, d’ordinaire les foules me font un peu peur, mais la vision de cette marée de têtes se reflétant dans le miroir de l’ombrière, sur le Vieux-Port, autour de l’éclat des bougies composant les mots Charlie Hebdo — cette vision était rassurante ; pas de musique, pas de slogan, les gens immobiles parlaient bas, cela faisait un brouhaha qui était presque du silence (si toutes les manifs étaient comme ça, je viendrais plus souvent).

Je voulais être Cabu à douze ans. Se marrer dans son coin en faisant des dessins, pas de doute, c’était le plus beau métier du monde. En silence, l’air de rien, le trait qui jaillit, la merveilleuse vacherie des timides.


Le vertige de la mise en présence, dans le réel et dans l’esprit, de l’espièglerie, est-ce possible, de l’espièglerie et du fusil automatique — et le sang d’encre qu’on se fait à voir mourir le Grand Duduche.




Les vœux de Georges Wolinski en 1977



5 commentaires:

Michèle F. a dit…

Leur sang, déjà sec, déjà plus noir que l'encre de la seiche. Indélébile.

Legros JC a dit…

Ce dégoût qui afflue au cerveau, amené par ce coeur qui palpite plus fort, qui anime un silence d'effroi, lui donnant l'effet d'un bruit subtil, une cadence, un tempo lent. Une note grave, très appuyée, longtemps, longtemps...

Tororo a dit…

Arrêter de vouloir être Cabu, j'ai essayé, je n'y ai jamais réussi.

L.D a dit…

Je suis passé sur votre blog, via temps contraires, via l'autre Hidalgo. J'ai bien aimé, je reviendrai.
(Moi aussi j'apprécie les marées silencieuses...)

Didier da Silva a dit…

En retard, pardon, mais : bienvenue.