mercredi 11 avril 2018

Rêverie calendaire #217









Rejeton agité d’une excellente famille romaine, le sensible et aventureux Pietro Della Valle, qui était né un 11 avril en 1586, et que la découverte d’un trésor en Tunisie, dans sa jeunesse, avait rendu riche et indépendant, lui permettant d’errer dans le Moyen-Orient et d’en approfondir la connaissance, devait tomber fou amoureux en Perse, à trente ans, d’une Bagdadienne, Sita Maani, malheureusement victime du paludisme dix ans plus tard dans le Golfe persique, alors qu’enceinte de ses œuvres elle le suivait en Italie ; il avait promis à Maani qu’elle verrait Rome et pour ne pas faillir, il avait fait embaumer la belle, trimbalant le corps jusqu’en Inde — les musiciens de Goa l’intéressent et le chagrin l’égare — avant de rentrer au pays ; las, son visage avait pourri ; il épousa la jeune servante (seize ans) de sa défunte femme, qui lui donna quatorze enfants, et consacra le reste de sa vie à l’étude des langues orientales, à la poésie et à la musique ; il invente même des instruments, dont un clavecin enharmonique à trois claviers (en do, en mi bémol et en fa dièse) ; ses compositions sont perdues, on sait juste qu’elles étaient étranges. 

Tout ce qui se perd. Les liens nous échappent.

Le 11 avril 1945, des blindés américains arrivent aux portes du camp de Buchenwald ; neuf ans plus tard, Primo Levi, qui n’oublie pas, en visite les vestiges (lui était à Auschwitz) comme on y commémore l’anniversaire de sa libération, y retourne les années suivantes puis se fatigue, le 11 avril 87 son absence est définitive, il tombe au même moment, à Turin, dans l’escalier de son immeuble et ne se relève pas, suicide ou accident, on ne sait pas vraiment, on ne peut pas.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire