vendredi 8 juin 2018

Rêverie calendaire #275









Le 8 juin 1783, dans les hautes terres d’Islande, commencent les « Feux de la Skafta », huit mois d’éruptions continuelles le long d’une fissure de trente bornes — l’arrosage automatique de l’enfer : 115 fontaines de lave s’élevant gracieusement jusqu’à 1400 mètres tuent carrément un quart du peuple islandais, soit dix mille personnes, puis ce sont des pluies de cendres sur l’Angleterre et, dans toute l’Europe, la progression mortelle d’un épais brouillard sulfuré (et fluoré, dit « de Laki », en tout 130 000 tonnes de gaz) empoisonnant hommes, bêtes et plantes, des crépuscules volontiers décrits comme sanglants, d’effroyables orages de grêle, enfin une suite d’hivers d’une excessive rigueur entraînant des famines qui nous conduisent directement à 1789 : c’est du bas que vient la révolte, et d’encore plus bas qu’on croyait. 

Vingt-sept ans plus tard un musicien naît, à la hauteur de l’événement, alliant la joie du jaillissement, ô Florestan, à la mélancolie des laves, rampantes jusqu’au refroidissement : on aura reconnu Robert Schumann.






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