samedi 16 juin 2018

Rêverie calendaire #283








Le 16 juin 1959, à Los Angeles, autour de minuit, George Reeves descend dans son living-room et demande à tout le monde (sa fiancée, deux scénaristes, une épouse de scénariste) de la mettre en veilleuse, il y en a qui voudraient dormir, tous sont très gais et déjà pas mal ivres mais cette bonne humeur rebondit sur lui telles les balles sur ce putain de Superman qu’il incarne, à son désespoir, depuis huit ans à la télévision, six saisons, 104 épisodes, un ennui sans bornes, lui qui tout de même avait fait ses débuts dans Autant en emporte le vent, il boit un verre mais le cœur n’y est pas, salut la compagnie, il remonte, vers deux heures du matin les policiers dépêchés sur les lieux répètent cent fois les mêmes questions aux quatre témoins bourrés comme des queues de pelle tandis qu’à l’étage on photographie, au pied de son lit, le fils de Krypton en tenue d’Adam, une balle dans le crâne  avait-il cru, même une seconde, qu’elle allait rebondir aussi ? et un Luger entre les jambes. 

Vingt ans plus tard exactement, sur la côte est, Raymond Nicholas Kienzie dit Nicholas Ray s’éteignait hors-champ, quinze ans après son dernier film hollywoodien et trente ans après son premier, Les Amants de la Nuit, tout de suite une masterpiece ; le titre du tout premier "Superman movie", en 1951, Superman et les Nains de L’Enfer — dont le succès avait déterminé le développement de la série télé et de la dépression de Reeves — décrit assez bien, mutatis mutandis, les rapports qu’entretint l’auteur de La Fureur de vivre avec les grands studios.





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