vendredi 19 décembre 2008

Christmas pudding




1, place de l’Archange, telle est l’adresse de l’église Saint-Michel, que je connais bien, ayant vécu longtemps dans une de ses rues adjacentes. Son curé est le père Bernard Lorenzato, dont la triste photomaton flottait dans la page trois du luxueux programme distribué avant que ne commence le traditionnel Concert de Noël qu’il accueillait hier soir dans son temple. En page 1 on découvrait la tête hilare de Jean-Claude Gaudin, qui ressemble de plus en plus à un Charles Trenet chauve et goitreux, au-dessus d’un texte qu’il signait et qui disait que c’était une joie d’offrir, cette année encore, un "concert gratuit de qualité" aux Marseillais. Un ami m’avait proposé d’y assister, j’avais dit pourquoi pas. Et dans les premières minutes du concert, j’ai trouvé que c’était une excellente idée : le léger froid autour des oreilles valait pour un champ de neige, toutes ces vieilles personnes sous les arches avaient un je ne sais quoi de touchant, et l’harmonieux crescendo qui ouvre l’anthem Zadok the Priest de Händel vous gonflait joliment la poitrine avant que n’entre avec éclat le choeur ― cette magie-là on en voulait bien, cette foi des vieux âges, on cherchait des yeux un pauvre pour lui fourrer une orange dans les mains, tout allait bien. La pièce du même Händel qui suivait, très nue (un austère Salve Regina pour soprano, orgue et violon), laissait mieux passer le froid et j’ai remis ma veste. La chanteuse invisible se tenait près de l’orgue et les deux écrans géants disposés devant la nef n’étaient pas d’un grand secours pour la sentir plus proche : l’image, en plus d’être inversée (je me disais aussi que les aigus sur le clavier n’étaient pas à gauche), était d’une définition très médiocre et la soprano, dans une ambiance très Fantôme de l’Opéra, se résumait à une partition s’agitant vaguement dans les ténèbres. Trois petits et très beaux choeurs de Britten suspendirent la progression d’une sensation de froid pénétrante, qui reprit de plus belle dès les premières mesures du Te Deum HWV 283 de Händel encore. J’ai renoué mon écharpe autour de mon cou mais rien n’y faisait, la plaisante illusion d’une communion populaire et mystique dans la musique laissait place à une douloureuse compassion pour ces millions de chrétiens qui à travers les siècles s’étaient gravement emmerdés sur de durs et froids bancs de bois car nom de Dieu qu’est-ce que c’est chiant, le Te Deum de Georg Friedrich Händel (1685-1759) ! Avec son noeud papillon et son sous-pull en laine, la basse ressemblait au président-fondateur d’un club de Scrabble, la mezzo ne cachait pas son ennui et la soprano flamboyait vainement dans sa robe rouge houppelande tandis que les airs martiaux moulinaient pompeusement à n’en plus finir leurs formules congelées dans la masse et que je n’étais plus très loin de claquer des dents. Sitôt jetée la dernière note F. et moi nous sommes pressés vers la sortie, la nuit était noire et sans doute possible le froid de gueux, le miracle de Noël cette fois encore n’a pas eu lieu.



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