vendredi 5 décembre 2008

Théorie


« Vous savez, lui dit-elle [...], beaucoup de gens pensent que la peinture sur soie est une activité de mémère. Non, je ne vous demande pas de vous récrier (Olaf n’avait rien dit) je sais que beaucoup le pensent. C’est le terme qu’ils emploient. Mémère. Ma malchance, c’est de me passionner pour une forme d’expression artistique fondamentalement déconsidérée. J’ai bien conscience qu’en la pratiquant, je m’expose aux plaisanteries, et toute ma famille avec moi [...] Mais vous voyez, Olaf, je crois que lorsqu’on a une passion, et je dis bien passion, j’emploie ce terme à dessein, je crois qu’on ne doit pas renoncer parce qu’alors, vous n’êtes plus ridicule, vous êtes malhonnête. Et j’ajoute. Déjà, à l’étage, le rasoir électrique de Langre se lançait à l’assaut. J’ajoute que ce qui peut paraître ridicule, bourgeois, à une époque donnée, un siècle, mille ans après, pourquoi pas, on comprend que ça valait la peine, et on plaint les pauvres gens qui ont dû affronter les quolibets pour aller au bout de leur enthousiasme. On place leur portrait dans des livres. Lascaux, selon moi, vous savez qui a fait Lascaux ? j’ai ma théorie là-dessus, croyez-moi, j’ai eu le temps d’y réfléchir. Vous vous imaginez sans doute que ce sont des guerriers, n’est-ce pas, les prêtres qui ont réalisé ça ? qui ont pris le temps d’inventer l’art entre deux battues ? Pas du tout, Olaf, Lascaux, ce sont les mémères qui l’ont fait. Les mémères des cavernes. » 

Luc Blanvillain, Olaf chez les Langre (2008), p. 35-36 




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