mardi 16 décembre 2008

Pas de quoi pleurer


Abbas Kiarostami, Avec le vent (P.O.L, 2002) [sélection]
traduit du persan par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière



Elle est éclose
elle s’est épanouie
elle s’est fanée
elle s’est défaite
pas un seul regard ne l’a vue

Aucune main au monde
ne peut rien
lorsque le ciel
a choisi la pluie

Une petite mouche
prise d’une envie de vomir
à l’odeur de l’insecticide
y a-t-il quelqu’un pour la secourir

Deux nonnes
boudeuses
se croisent
parmi les peupliers

Les aigrettes du pissenlit, de loin,
vinrent à la rencontre de l’étang
aucun ricochet

La discussion des nonnes
n’arrive nulle part
arrive enfin
le moment de dormir

Le fruit de deux journées
de travail de l’araignée
détruit
par le balai du vieux serviteur




Dans un temple qui date
de mille trois cents ans
il est
sept heures moins sept

Les nonnes finalement
restent en désaccord
sur la couleur de la salle à manger

Quand j’y pense
je ne comprends pas
la blancheur de la neige

Quand j’y pense
je ne comprends pas
pourquoi cet ordre
et cette majesté de l’araignée




Personne ne sait
qu’un petit ruisseau
né d’une source faible
a la mer comme but

Six chaises en bambou
se rappellent
la dernière tempête d’automne
dans la forêt de bambous

À peine trois gouttes de sang
fruit du travail de nuit de trois cents moustiques
dans une chaude nuit d’été

Les chants dans la rizière
joyeux et tristes
pour tous la même
mélodie

La luciole
éclaire sans regret
dans une nuit sans lune

Je ne crois en rien
autant
qu’à la fin de la nuit
et à celle du jour

Les larmes ne me laissent pas de répit
quand
il n’y a pas de quoi pleurer

Une araignée
a trouvé sa place
au coin de mon lit
depuis longtemps




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