mardi 30 décembre 2008

Dans la douce profondeur



Quant à un présent, toujours présent, qui ne s'en aille point en un passé, ce ne serait plus du temps, ce serait l'éternité. (Saint Augustin) 





Robert Walser, Sur la terrasse

 

C’était un jour quelconque. Je ne peux pas dire l’heure avec précision. Je me trouvais sur une sorte de terrasse taillée dans la roche et, appuyé sur la simple balustrade, je regardais dans la douce profondeur. Il commença alors à pleuvoir à flots, d’une pluie tendre et caressante. Le lac changeait ses couleurs, le ciel était dans un émoi merveilleux et doux. Je m’abritai sous le toit d’un petit pavillon qui se trouve sur le rocher. Toute la végétation fut bientôt détrempée. En bas, dans la rue, quelques personnes s’étaient réfugiées sous le feuillage dense des marronniers comme sous d’amples parapluies. Cela avait l’air si étrange que je ne pouvais pas me rappeler avoir jamais vu quelque chose de pareil. Pas une seule goutte de pluie ne pénétrait la masse compacte des feuilles. Le lac était en partie bleu et en partie gris obscur. Et dans l’air, cette chère et si agréable rumeur d’orage. Et cette douceur partout. J’aurais pu rester là des heures et me délecter de la vision du monde. Finalement, je m’en allai quand même.




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