dimanche 21 novembre 2010

Bras cassé dans sa nébuleuse


Vous vivez, vous visez l’ombre, vous vous mettez à l’écart, vous ne savez plus de quoi, vous parlez juste pour ressembler à un homme qui ayant tout oublié applique la narration au fait même d’exister. 
(p. 24)

 

À chaque sensation, un début d’idée vous retient, vous cédez juste à la fin. L’activité finira-t-elle par décoller ?
 (p. 41)

 

Mon nom ne me répond pas quand je m’appelle, qu’il s’appelle par mon nom fait de son inhumation tout le charme.
 (p. 46)

 

Que savons-nous du paradis provoque en plus désuet de beaux rêves. 
(p. 64)

 

De la destruction, la description ne sachant être détruite, rêver les choses éclaircit le fait d’y sombrer.
 (p. 86)

 

Xavier Person, Propositions d’activités 
(Le Bleu du ciel, 2007)


 


Rêveur qui ricane froidement, disais-je tantôt à propos de Manchette. Xavier Person (passe le fantôme de Pessoa) en incarne un autre genre, comme qui dirait à l’autre bout du spectre, celui de la poésie la plus sophistiquée, mais d’une musicalité immédiatement séduisante, dans ce petit livre qui n’en finit pas de commencer, c’est un genre en soi, avec un brio sec des plus plaisants : quatre-vingt cubes de texte, très formels garde-fous, autant de dés relancés, de freins mis : la décidément grande famille des lyriques contrariés : poète prends ton luth et tes pieds dans le tapis. Ce ne sont qu’ascensions et chutes, virages ultraraides et dégringolades dans le brouillard, à quoi s’oppose l’idéal d’un vol plané, d’une nage libre, d’une promenade en kayak sur un lac — vaguelettes en surface, la paix enfin. Mais ce ne sera pas pour demain : le petit train des métaphores ne s’arrête jamais (notre âme est un paysage varié, vous pouvez le parier) et le lac, hélas, luit au loin ("Qu'en est-il des histoires qui non vécues s'éloignent du rivage ?", p. 30). Le poète moderne, "bras cassé dans [sa] nébuleuse" (p.19), “d’une série télévisée l’erreur de casting difficile à assumer” (p. 51) tourne la tête et s’émeut, sur papier quadrillé. À cause de l’ombre, on ne voit pas bien ses traits. Mais comment arrive-t-il à écrire dans cette obscurité ? Eh eh, lui-même se le demande. C’est peut-être parce que ses yeux brillent, tels ceux d’un chat (comme lui il a neuf vies et retombe toujours sur ses pattes) ou d’un tueur à gages (son propre cœur est son contrat ; ça, vous pouvez le torturer, il niera jusqu’au bout qu’il est sentimental ; on a sa dignité).



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