lundi 22 novembre 2010

Postérité de l'inquiétude




« Victor resta quelque temps à regarder. Il sentait l’odeur de la résine mais n’entendait même pas les sapins bruire dans le vent, car tout était immobile, sauf la lumière qui bougeait doucement le long des pentes et que l’ombre suivait.
 Le cœur presque rempli de crainte devant tant de grandeur autour de lui, Victor se remit en route. Il suivit le sentier que l’enfant lui avait indiqué. La pente gagnait peu à peu vers la forêt et bientôt il fut de nouveau sous les arbres. Tout comme au col où le lac semblait faire reculer les montagnes pour permettre à l’œil d’en saisir l’image aérienne se détachant sur le vert des sapins, de même ici sans cesse pouvait-on voir sur la gauche, à travers les branches, le vague tissu que formaient au loin les monts. Il avait cru tout à l’heure que la montée n’aurait jamais de fin, à présent il ne cessait de descendre et de descendre. Il avait toujours le lac à sa gauche, avec l’impression de pouvoir presque y tremper la main, et pourtant il n’arrivait toujours pas à l’atteindre. »
 

Adalbert Stifter, L’homme sans postérité, 1844

 

« Un lac

après le haut de la côte

me mord la main

trop acide

ne tient que le temps de l’écrire
 » 

Xavier Person, Extravague, 2009


 


Lus hier ces deux beaux livres, le premier le matin, le second l’après-midi et le soir. Comment s’empêcher, la nuit venue, de trouver éclairante en diable, du romantique allemand au poète post-moderne, cette persistance du lac inatteignable ? 
(Dans un genre vaguement voisin, il y a l'inaccessible étoaaaale, mais on y perd en réalisme. La poésie devient fumeuse quand elle ne touche plus terre — et pourtant la meilleure est soluble dans l'air.)


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