mardi 30 janvier 2018

Rêverie calendaire #146



Le canot « D » à bord duquel.




Un 30 janvier, en 2001, mourut à quatre-vingt-douze ans celui qui s’était fait d’abord connaître sous le nom erroné de « Lolo » Hoffmann, reconstitué par les autorités d’après les maigres informations dont elles disposaient, et le surnom donné par les journaux d’ « orphelin des mers », cela parce que son père, à Pâques 1912, l’avait enlevé lui et son frère Edmond à leur mère infidèle pour embarquer, sous une fausse identité, à destination du Nouveau Monde où il comptait refaire sa vie et oublier sa femme, et qu’il avait choisi pour effectuer cette fuite le Royal Mail Ship « Titanic » ; dernier des vingt-deux enfants de seconde classe à rejoindre le dernier canot jeté à l’eau après la catastrophe, il fut le seul (avec Edmond) que personne ne vint réclamer ; il s’appelait Michel, comme son père noyé, mais n’avait su dire, à presque quatre ans, que le petit nom de Lolo dont exclusivement sa famille usait ; après quelques semaines pendant lesquelles le monde et la presse s’étaient émus de leur sort pitoyable, les deux frères furent confiés à une famille d’accueil des environs de Philadelphie, les Tyler. Quelles étaient leurs chances de survivre ? Et quelle chance y avait-il pour que la gouvernante française des Tyler, Rose Bruno, fût de leur propre mère la cousine germaine, qui ignorait tout de leur rapt mais finit par les reconnaître, et rendit possible d’émouvantes retrouvailles ? Lolo dut y songer beaucoup. Ça l’avait rendu philosophe — littéralement, puisqu’il passa une large part de sa vie d’adulte à enseigner la philosophie à l’université de Montpellier, sous son vrai nom de Michel Navratil. Il était l’ultime rescapé mâle de la célèbre tragédie ; son pendant Millvina Dean (elle n'avait que deux mois à l'époque) rendit l’âme à son tour en 2009.




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