dimanche 18 mars 2018

Rêverie calendaire #193



Robespierre avait vraiment grand-père dans le nez.





En 1790 naît en Moselle Astolphe Louis Léonor, marquis de Custine ; il a trois et quatre ans quand la tête de papy puis la tête de papa roulent dans un panier, douze quand sa mère, qui fut seulement incarcérée (elle était trop belle, lui ne l'était pas), la Terreur passée, devient la maîtresse de Chateaubriand, que Mme de Staël lui dédie un roman ; Astolphe parcourt l’Europe avec Maman, apprend l’amour dans les bras des Romains, se destine à la diplomatie, se rêve poète et écrivain ; il épouse enfin, après plusieurs échecs, à plus de trente ans, en 21, une Léontine de Saint-Simon de Courtomer, opportunément phtisique, qui lui donne un fils en 22, meurt en 23 ; les apparences ainsi sauvées, la lignée assurée, il peut filer sa love story avec Edward de Sainte-Barbe, un jeune Anglais rencontré l’été même de l'apparition de son héritier ; Astolphe était un chaud lapin et allant retrouver nuitamment un soldat, l’année suivante (Édouard fermait les yeux), une bande de troufions lui tombent sur le râble, le foutent à poil et le rouent de coups avant de le laisser pour mort sur la chaussée (il n’était qu’assommé) ; le Tout-Paris en fait des gorges chaudes et réunis en conseil les Custine éloignent Astolphe en Normandie ; en 32 il achète un petit château du Val d’Oise, « Le Belvédère », où Édouard et lui reçoivent Balzac, Delacroix, Chopin, etc., il n’est génial ni dans ses vers ni sur la scène mais c’est loin d’être un imbécile et il sait traiter ses amis ; en 39, c’est sa chance, il voyage en Russie, observe la cour et le monde, en fait une narration libre de ton et spirituelle qui connaît six éditions, l’assoit, on ne rit plus de lui que dans les barbes ou sous les capes (quand paraît La Russie en 1839, en 42, son anniversaire coïncide, le 18 mars, avec le premier cri de Stéphane Mallarmé) ; à sa mort, en 57, ses proches entre guillemets tentent de faire annuler ses dernières volontés, bien sûr il laissait tout à Édouard. Celui-ci meurt peu après.




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