jeudi 29 mars 2018

Rêverie calendaire #204






Le 29 mars est bien funèbre : c’est au 29 de la rue Daru, près du parc Monceau, où il vivait reclus depuis vingt ans, que le pianiste-compositeur Charles-Valentin Morhange dit Alkan, dont l’insensée virtuosité (ses partitions sont épuisantes) n’avait d’égale que la misanthropie, celle-ci ayant fini par priver le public du spectacle de celle-là, sauf à présent en de rares occasions austères où il jouait du Bach et ses propres prières sur l’éphémère piano-pédalier, un hybride sans postérité dont il s’était violemment entiché, mourait écrasé, selon la légende, par sa bibliothèque, en voulant se saisir du Talmud, le 29 mars 1888, à l’âge de soixante-quatorze ans ; trois kilomètres et demi plus loin et un siècle plus tard, le 29 mars 1988, au 28 rue des Petites-Écuries, trois balles issues d’un silencieux dont la provenance reste un mystère assassinaient la Sud-Africaine Dulcie September, cinquante-deux ans, figure de la lutte contre l’Apartheid (on a classé l’affaire, il se pourrait que les services secrets français y aient trempé)

Trois ans après la fin d’Alkan mourait subitement à trente-et-un ans, d’une angine ou de la diphtérie, comme son nouveau-né Pierre deux semaines après lui, le malheureux Georges Seurat ; trois ans avant le meurtre de Dulcie September, Jeanne-Paul Marie Deckers dite Sœur Sourire se donnait la mort à Wavre (Belgique), car on ne meurt pas qu'à Paris (la preuve, c'est à Saint-Cloud qu'en 1989 Bernard Blier, qui était né à Buenos Aires, rendra son tablier).




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