dimanche 4 février 2018

Rêverie calendaire #151










Cinq tremblements de terre, une tempête, une éruption volcanique, le crash d’un Boeing en baie de Tokyo et une marée noire, il faut se méfier du 4 février ; mais si aucun désastre plus ou moins naturel ne te frappe, tu peux encore compter sur toi-même, tel le pauvre Franz Reichelt, un Autrichien de trente-trois ans tailleur pour dames, qui se faisait appeler François et qui, en 1912, s’écrasa comme on sait quoi, sur l’esplanade glacée du Champ-de-Mars, en sautant du premier étage de la tour Eiffel (cinquante-sept mètres), vêtu d’un extravagant « costume-parachute » de sa conception entièrement bâti sur la conviction que, si ça marchait pour les chauves-souris, il n’y avait pas de raison.

Certes, ses essais précédents avaient échoué sur toute la ligne, mais c’était, il n’en démordait pas, parce que la hauteur avait manqué. La veille, néanmoins, il écrivait son testament dans un français lui-même très approximatif, partageant naïvement entre ses parents l’hypothétique fortune que rapporterait son invention tout en précisant qu’en aucun cas, jamais, un sou ne devait revenir à sa sœur, Katarina ; rêveur mais haineux, c’est humain. Qu'avait-elle pu lui faire, on ne sait pas. 

Un opérateur Pathé filma en pied son hésitation, quarante interminables secondes où l’on sent bien Franz en plein doute, jamais moins fou qu’au moment de faire cette folie ; une autre caméra a saisi en plan large la chute proprement dite, sa rapidité sans appel. Nul débat déontologique ne préluda à leur diffusion dans les cinémas de France et d’ailleurs et leur reprise aujourd’hui sur Youtube totalise près de quatre millions de vues : la distance, le noir et blanc, les intertitres et les bacchantes, tout cela amortit puissamment la violence du snuff movie

Du reste, une foule de vidéos beaucoup moins plaisamment vintage sont proposées en lien.




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