mardi 27 février 2018

Rêverie calendaire #174









Nul besoin de recourir au carbone 14 pour dater l’âge absolu de sa découverte, par le truchement d’un cyclotron qui faisait la fierté de l’université de Berkeley : c'était le 27 février 1940 ; Kamen et Ruben, chimistes, le manipulaient. Sept ans plus tôt, pour le premier anniversaire d’Elizabeth Taylor, le toit du Reichstag devenait brûlant, ses particules s’accéléraient. À N.Y., en 93, lasse de veiller sur le sommeil des orphelins, Lilian Gish meurt dans sa centième année. 


Dans le Saint-Pétersbourg de 1887, cependant, et brusquement, au cours d’un bal masqué, le cœur, le merveilleux cœur d’Alexandre Porfirievitch Borodine s’arrêtait ; il avait cinquante-trois ans. Bâtard d’un vieux prince géorgien qui l’avait fait reconnaître par un valet tout en veillant à ce qu’il ne manquât de rien, chimiste et médecin à la ville qui se définissait lui-même comme un compositeur du dimanche et se plaignait de ne pouvoir écrire de musique que lors de ses congés pour maladie — si bien que ses vrais amis le saluaient plaisamment d’un « J’espère que tu vas mal » qui le faisait sourire en dedans —, il avait découvert la condensation aldolique (un type de réaction des composés carbonylés dont saura user la pharmaceutique) et pu finir deux symphonies (la seconde avait pris sept ans).






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire