jeudi 8 février 2018

Rêverie calendaire #155









Le 8 février 1968, le beau Neal Cassady — que Jack Kerouac en 57 avait élevé à la hauteur d’un mythe — eût fêté ses quarante-deux ans s’il n’était mort quatre jours plus tôt d’une overdose, ou du froid, ou d’une combinaison des deux, on the road comme il se devait, en l’occurrence une voie ferrée qu’il longeait dans la nuit, au sortir d’un mariage, quelque part au Mexique, seulement vêtu d’un T-shirt et d’un jean ; or ce jour même naissait à Zion, dans la banlieue de Chicago, le comédien Gary Coleman, l’Arnold Jackson de Diff’rent Strokes, sitcom phare des années 80, qui lui ne survivrait qu’un peu plus de trois mois à son quarante-deuxième anniversaire, ruiné, malade, abusé par ses proches, sans doute heureux, pourtant, d’être enfin délivré de son gimmick — déporter d’un coup sec la tête sur le côté, l’air contrarié, faire la moue, saillir ses yeux, et lancer : « What you talkin’ about ? » (« Qu’est-ce que tu me racontes là ? », en VF), suivi du nom de son vis-à-vis, ordinairement Willis, ou Dan, ou Kimberly (qui en France devint Virginia). 

La preuve est ainsi faite qu’il faut de tout, tu sais, il faut de tout, c’est vrai, il faut de tout pour faire un monde, y compris des envers aux médailles ; mais pour ne pas accabler l’American Dream, ajoutons que c’est un 8 février, en 32, que naquit John Williams, le compositeur de Star Wars, lequel encore inconnu tient la discrète partie de piano (il faut tendre l’oreille, on le devine dans les tutti) de la bande-orchestre sur laquelle Marilyn minaude I wanna be loved by you, le tube de Certains l’aiment chaud, tandis que dans l’orchestre, sous sa perruque, Jack Lemmon feint de jouer de la contrebasse — Lemmon qui bien sûr était né un 8 février, un an avant Neal Cassady, et mourra, Dieu merci, à un âge vénérable.




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