dimanche 18 février 2018

Rêverie calendaire #165













C’est en étudiant des plaques photographiques au moyen d’un comparateur à clignotement que, le 18 février 1930, le jeune astronome Clyde William Tombaugh (deux semaines auparavant, il avait vingt-quatre ans), embauché depuis peu par un observatoire sis en Arizona, décèle les déplacements d’un petit point de rien du tout ; un mois plus tard, vérification faite, la nouvelle se répand : notre système solaire compte une neuvième planète ; en hommage discret au mécène posthume dudit observatoire, Perceval Lowell, qui avait consacré, en vain, sa vie à la recherche d’un tel objet transneptunien, on la nomma Pluton, ses initiales initiant le nom — à quoi ça tient. 

Le patron de Clyde, un certain Vesto Slipher (on jurerait le nom d’un villain de comics), tenta bien d’escamoter son rôle et d’en recueillir la gloriole, mais personne ne fut dupe et, dépité, il vira Clyde peu après, qui n’eut bien sûr aucune difficulté à retrouver un job. 

Ce même 18 février 1930 naissait à Harverford (Pennsylvanie) l'aspirant-astronaute Ted Freeman que le brouillard et un vol d’oies, en se liguant, tuèrent à trente-quatre ans, alors qu’il pilotait de Saint-Louis à Houston son T-38, un avion d’entraînement supersonique. S’il n’est jamais allé dans l’espace, son nom est sur la Lune depuis l’été 71, gravé sur une plaque (avec treize autres, américains ou russes, sans distinction) que la mission Apollo 15 ficha quelque part sur le mont Hadley, flanquée d’une statuette en aluminium de huit centimètres due à un sculpteur belge, Paul Van Hoeydonck (qui la renia : il la voulait debout et ils l’avaient couchée). Ce monument porte le nom de Fallen Astronaut et c’est pour l’heure la seule métaphore qui encombre le sol lunaire. 

Parce que les Soviétiques, cachottiers comme toujours, n’avaient pas encore rendu leur mort publique, un quinzième et un seizième noms manquent parmi ces pots cassés de la conquête spatiale : ceux de Valentin Bondarenko, vingt-quatre ans, parti en torche, en 61, dans une chambre pressurisée (il semble que c’était sa faute, il était né un 16 février), et de Grigori Nelioubov, seconde doublure de Gagarine puis de quelques autres sans jamais partir et qui, désespéré de rester au sol, avait eu d’assez sérieux problèmes de boisson pour se jeter, ivre, sur le chemin d’un train, le 18 février 1966, à six semaines de ses trente-deux ans. 

L'inventeur de Pluton mourut à presque quatre-vingt-onze ans, deux semaines avant son anniversaire. Six mois avant que l’Union astronomique internationale ne déclasse officiellement Pluton — qui n’est plus qu’une des trois planète naines de la ceinture de Kuiper, la banlieue de notre système —, en 2006, était lancée la sonde « New Horizons », dont le propos était justement de survoler Pluton (ce qu’elle finit par faire en juillet 2015) ; elle emportait un peu des cendres de Tombaugh, devenu ainsi le seul être humain, ou ce qu’il en reste, à avoir quitté le système solaire, allez savoir où il se trouve à l’heure actuelle. 

Sans aller si loin, le 18 février naissent des gens space, satellisés d’une façon ou d’une autre : Yoko Ono, Paco Rabanne, Jean-Claude Dreyfus, John Travolta. Et meurent des peintres (et pas des moindres) : Fra Angelico, Michel-Ange, Balthasar Klossowski dit Balthus, Jean Rouch.




2 commentaires:

  1. Jean Rouch est un peintre dont les huiles sont de lumière (sans doute) (pour paraphraser un autre Jean - Cocteau, celui-là (5/7 et 11/10))

    RépondreSupprimer