samedi 10 février 2018

Rêverie calendaire #157











Certes, le ciel de Los Angeles n’est pas celui de Paname, à strictement parler ils ne sont pas nés sous une même étoile, mais les deux hommes dont nous nous proposons de confronter les trajectoires sont bel et bien nés le même jour — le 10 février 1929 — et se sont tous deux illustrés dans une même branche, le cinéma (bien qu’à différents postes), la comparaison semble donc raisonnable. 

Ils commencent à faire parler d’eux au même âge, trente-et-un ans, l’un et l’autre d’une façon tout à fait honorable : tandis que Jerrald K. Goldsmith, on l’appelle Jerry, salarié chez CBS depuis quelques années déjà, finit par être remarqué des producteurs hollywoodiens grâce à ses partitions pour La Quatrième Dimension, Richard Balducci peut se targuer d’avoir un rôle dans À bout de souffle (Tolmatchoff, c’est lui), the place to be en France en 1960. Deux ans plus tard, Jerry décroche déjà sa première nomination aux Oscars pour la musique de Freud : The Secret Passion et même si ce n’est pas et d’assez loin le meilleur John Huston, ça a de la gueule ; or à Paris, changement de braquet : Richard écrit le scénario du Gendarme de Saint-Tropez, qui sort en 64, puis il passe à la réalisation et revendique, comme un lapsus, La honte de la famille, avec Rosy Varte et Michel Galabru, en 69 ; un an plus tôt, Goldsmith, lui, accumulait les audaces formelles pour la bande-son à la fois sérielle et concrète de Planet of the Apes, un des sommets de sa carrière. 

En 72, alors qu’il achève d’ensorceler les spectateurs de The Other, le vénéneux chef-d’œuvre de Robert Mulligan, Balducci pour sa part se rince l’œil, on ne lui jette pas la pierre, en filmant Jane Birkin et Bernadette Lafont dans Trop jolies pour être honnêtes, ou Demasiado bonitas para ser honestas, ou encore Perché mamma ti manda solo ?, c’est une co-production italo-espagnole, un chouïa hype tout de même puisque Gainsbourg signe le score ; mais toute hype abandonne Richard quand il écrit sept ans après Les Bidasses en vadrouille et La fac en délire, cependant que Jerry ajoute Alien à son C.V., puis, en 1984 — pris en sandwich, dans la ligne temporelle balduccienne, décidément plus proche de la marée basse que de la nouvelle vague, entre On l’appelle Catastrophe, avec Michel Leeb (1983) et Le Facteur de Saint-Tropez, avec Paul Préboist (1985) — le chef-d’œuvre de Joe Dante cette fois, Gremlins

La dernière partition de Goldsmith, justement, un an avant sa mort en 2004, sera pour Dante (Les Looney Tunes passent à l’action, où il rejoue en trois minutes  l’histoire de la musique) ; cette année-là l’impayable Richard, qui avait laissé le cinéma tranquille depuis 86 pour écrire des sortes de livres, en publie un ultime, Autopsie d’une crapule. Il meurt pourtant douze ans plus tard. 

Nous aurions peut-être gagné du temps en notant simplement que le 10 février, et sous une même étoile (le Val d’Oise et Paris) meurent Honoré Daumier et Max Pécas. 

Or — pour revenir au cinéma — ce jour-là peut aussi voir naître, à quatre ans d’écart, deux hommes exerçant le même art et pareillement munis d’une riche filmographie où les masterpieces pleuvent : ainsi les directeurs de la photographie Henri Alekan (La Belle et la Bête, Les Ailes du Désir) et Douglas Slocombe (The Servant, Le Bal des Vampires, les trois premiers Indiana Jones et, tiens donc, Freud : Passions secrètes : tout est dans tout et réciproquement).



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